Le sixième hadith :
Thawbân – qu’Allah l’agrée – rapporte : « Lorsque le verset concernant l’or et l’argent fut révélé, les Compagnons demandèrent : “Alors, quelle richesse devons-nous acquérir ?” ‘Oumar répondit : “Je vais vous en informer.” Il pressa son dromadaire jusqu’à rattraper le Prophète ﷺ, tandis que je le suivais. » Qui parle ici ? Thawbân. Pourquoi a-t-il suivi ‘Oumar ? Pour savoir ce que le Prophète ﷺ allait dire. « ‘Oumar répondit : “Je vais vous en informer.” Il pressa son dromadaire jusqu’à rattraper le Prophète ﷺ, tandis que je le suivais. Il demanda “Ô Messager d’Allah ! Quelle richesse devons-nous acquérir ?” Il répondit : “Que l’un d’entre vous acquière un cœur reconnaissant, une langue qui mentionne Allah, et une épouse croyante qui l’aide dans les affaires de l’au-delà.” » Rapporté par Ahmad et Ibn Mâjah, et le hadith est authentique.
Je vous pose maintenant la question.
Thawbân dit dans le hadith : « Lorsque le verset concernant l’or et l’argent fut révélé, les Compagnons demandèrent : “Alors, quelle richesse devons-nous acquérir ?” »
Quel est donc ce verset qui fut révélé concernant l’or et l’argent ?
Qui veut répondre ?
Ici vous avez déjà répondu.
Oui ?
{À ceux qui amassent l’or et l’argent, sans en consacrer une partie à la cause d’Allah, tu peux dès à présent annoncer un douloureux châtiment.} [S.9, v.34].
Les Compagnons ont eu peur. Pourtant, comme l’explique Ibn ‘Abbâs : « L’amassement désigne les richesses sur lesquelles l’aumône légale n’a pas été prélevée. » Autrement dit, si quelqu’un amassait de l’or et de l’argent, tout en s’acquittant de l’aumône obligatoire, il n’est pas compté parmi ceux qui amassent l’or et l’argent sans en consacrer une partie à la cause d’Allah, et n’est donc pas concerné par la menace mentionnée dans le verset.
Néanmoins, en raison de la crainte profonde qui les habitait, lorsque cette menace fut révélée, les Compagnons se demandèrent : « Quelle richesse devons-nous alors acquérir ? L’or et l’argent étant dangereux, que pouvons-nous amasser ? Quelle richesse devons-nous acquérir ? Si la menace concerne l’or et l’argent, alors que pouvons-nous acquérir ? » ‘Oumar partit alors questionner le Prophète ﷺ. Mais la réponse qui lui fut donnée fut d’un tout autre ordre, une réponse totalement différente. Il répondit : « Que l’un d’entre vous acquière un cœur reconnaissant, une langue qui mentionne Allah, et une épouse croyante qui l’aide dans les affaires de l’au-delà. » Trois choses.
L’explication de ce verset évoquée dans le Sahîh d’Al-Boukhârî, se trouve dans le chapitre : « Toute richesse dont on acquitte l’aumône obligatoire n’est pas une richesse amassée ». Puis Al-Boukhârî – qu’Allah lui fasse miséricorde – rapporte avec sa propre chaîne de transmission que Khâlid ibn Aslam a dit : « Nous sortîmes en compagnie de ‘Abdoullâh ibn ‘Oumar – qu’Allah les agrée – lorsqu’un bédouin demanda : “Explique-moi la parole d’Allah : {À ceux qui amassent l’or et l’argent, sans en consacrer une partie à la cause d’Allah.} [S.9, v.34].” Ibn ‘Oumar – qu’Allah les agrée – répondit : « Ceux qui les amassent et n’en prélèvent pas l’aumône obligatoire, alors malheur à eux ! Ce verset a été révélé avant que l’aumône obligatoire ne soit légiférée. Une fois l’aumône obligatoire prescrite, Allah en fit une purification pour les richesses. » Rapporté par Al-Boukhârî.
La parole : « Quelle richesse devons-nous acquérir ? », met en évidence la vitesse avec laquelle les Compagnons se conformaient, leur réaction lorsque la Révélation descendait, ainsi que leur désir de réformer immédiatement leur condition.
Qu’est-ce qui peut nous sauver ? Que faire ? Comment changer ? Il existe une menace concernant l’or et l’argent : où devons-nous aller prendre nos richesses ? Que doit-on accomplir ?
Les Compagnons ont donc questionné au sujet des richesses : « Quelle richesse devons-nous acquérir ? » Le Prophète ﷺ les orienta alors d’acquérir un cœur reconnaissant, une langue qui mentionne Allah et une épouse croyante qui aide dans les affaires de l’au-delà.
« Que l’un d’entre vous acquière un cœur reconnaissant », c’est cette partie du hadith qui nous concerne directement dans notre sujet, celui de la réforme des cœurs : acquérir un cœur reconnaissant. Il incombe à chacun de nous d’atteindre le degré du cœur reconnaissant, car il s’agit du pilier le plus important de la reconnaissance.
La reconnaissance ne se manifeste-t-elle pas par le cœur, la langue et les membres ? Cependant, la reconnaissance du cœur en est la forme la plus élevée. Ainsi, reconnaître les bienfaits que nous accorde Celui qui les octroie est une reconnaissance émanant du cœur. « Je reconnais Tes bienfaits à mon égard » On affilie les bienfaits au Donateur : « Il a plu par la grâce et la miséricorde d’Allah ». Mais on ne dit surtout pas : « La pluie est tombée en raison de telle et telle étoile ». Dire : « II a plu par la grâce d’Allah », est une reconnaissance des bienfaits divins. La reconnaissance est donc avant tout une œuvre qui se réalise dans le cœur. De même qu’attribuer les bienfaits à Celui qui les accorde, faire preuve d’humilité envers Lui et éprouver de la gratitude envers le Bienfaiteur.
Ne ressens-tu pas de la gratitude envers quelqu’un qui t’invite à déjeuner ?
Que dire alors de Celui qui te nourrit, t’abreuve, te guérit, te préserve chaque jour et te permet de respirer ? Le bienfait des articulations, le bienfait de l’élimination des déchets du corps… Tout cela ne mérite-t-il pas que l’on ressente de la reconnaissance envers Lui ? Voilà l’œuvre du cœur reconnaissant.
La langue de celui qui évoque Allah vient ensuite confirmer la reconnaissance de son cœur. Il dira par exemple : « Louange à Allah qui nous a protégés du mal et répondu à nos besoins, qui nous a accordés un refuge et qui nous a nourris et abreuvés. »
Quant à la gratitude des membres, elle se manifeste par leur utilisation dans ce qui satisfait le Bienfaiteur. Par exemple, utiliser les yeux pour lire le Coran, consulter les ouvrages de science et contempler les signes d’Allah disséminés dans l’univers.
Allah dit à propos du ciel : {[…] cependant ils se détournent de ses merveilles.} [S.21, v.32]. Pourquoi nous détournons-nous de ses merveilles ? Ô mon frère, contemple-les !
{[…] cependant ils se détournent de ses merveilles.}. Contemple les étoiles : {[…] et l’avons paré d’étoiles pour ceux qui l’observent avec attention.} [S.15, v.16]. {Nous en avons fait des météores pour lapider les démons.} [S.67, v.5]. {Il y a placé d’autres repères encore, tandis que les étoiles permettent aux hommes de s’orienter.} [S.16, v.16].
De même, le regard porté sur les dépôts confiés, afin de distinguer à qui appartient tel dépôt et le restituer à son ayant droit. Il existe ainsi de nombreuses adorations liées au regard.
Ainsi, la reconnaissance par les membres consiste à les employer dans ce qui satisfait le Bienfaiteur, dans Son obéissance et dans Son adoration.
Parmi ce qui aide à développer la reconnaissance…
Quand le Prophète dit : « Que l’un d’entre vous acquière un cœur reconnaissant. » Comment, dès lors, le cœur devient-il reconnaissant ?
Lorsque le cœur se tourne vers ceux qui sont moins favorisés que lui et médite sur leur situation, il perçoit alors les bienfaits qu’Allah lui a accordés. Sans cela, il lui est difficile de voir les faveurs d’Allah à son égard.
C’est-à-dire que parmi les moyens de percevoir les bienfaits d’Allah sur soi, le fait de méditer sur la condition de ceux qui sont plus défavorisés que nous, que ce soit en matière de santé, d’enfants, ceux qui ont des logements plus modestes, des revenus plus faibles et dans bien d’autres domaines comme le travail, les vêtements, le mobilier, la voiture.
Puis il dit : « et une épouse croyante qui l’aide dans les affaires de l’au-delà. » Bien entendu, ces paroles s’adressent en premier lieu aux époux et aux hommes.
Sache donc – serviteur d’Allah – que, dans la législation islamique, ton épouse vertueuse s’appelle « un trésor (Kanz) ».
Si tu le souhaites, tu peux même l’appeler « mon trésor ».
Bon. Il nous dit qu’il ne vaut mieux pas le dire, de crainte que cela ne lui monte à la tête.
Dans le hadith, il demande : « “Ô Messager d’Allah ! Quelle richesse devons-nous acquérir ?” Il répondit : “Que l’un d’entre vous acquière un cœur reconnaissant, une langue qui mentionne Allah, et une épouse croyante qui l’aide dans les affaires de l’au-delà.” »
Ainsi, l’épouse qui aide dans les affaires de l’au-delà est plus bénéfique qu’un trésor ; elle est le meilleur bien que l’individu puisse obtenir.
Habituellement, l’homme veille sur ses biens, sur l’or et l’argent qu’il thésaurise et sur ce qu’il a amassé. Acquière plutôt une épouse vertueuse, veille sur elle et prends-en soin. Il ne s’agit pas de recourir précipitamment au divorce et de la perdre !
À propos de la parole : « […] et une épouse croyante qui l’aide dans les affaires de l’au-delà », il est dit dans l’ouvrage « ‘Awn al-ma‘boûd fî charhi sounani Abî Dâwoûd » : « Cela indique que cette femme est plus bénéfique que le trésor que l’on connaît, car elle est le meilleur bien qu’un homme puisse acquérir. En effet, son utilité est bien plus grande, et lorsque l’homme la regarde, elle le réjouit. C’est-à-dire qu’elle le rend heureux par la beauté de son apparence. »
C’est pourquoi, l’épouse vertueuse prend soin de sa silhouette et de son corps, afin que, lorsqu’il la regarde, elle le réjouisse. Cela fait partie des formes adorations propres aux femmes, que certaines négligent parfois, ou accomplissent avec d’autres intentions, comme la simple recherche d’une silhouette élancée.
Or, si elle adopte la bonne intention, elle en est récompensée. Elle cherche alors à être celle qui réjouit son mari lorsqu’il la regarde.
Voilà un aspect de l’adoration qui échappe à beaucoup de femmes : elles prennent soin de leur apparence, mais si elles rectifiaient leur intention, elles obtiendraient une récompense ; et si elles ne la rectifiaient pas, elles pourraient ne rien obtenir, voire encourir un péché, notamment si leur intention à travers l’élégance du corps, l’aspect extérieur et l’apparence est de se sentir supérieure à telle femme, ou d’être touchée par l’orgueil ou la vanité. Ou simplement le fait de paraître belle, faisant de cela une intention permise, sans péché ni récompense.
En revanche, si elle a pour intention, par la beauté de sa silhouette, son élégance, son apparence soignée et son allure, de réjouir son mari lorsqu’il la regarde, alors cela comporte une récompense.
Expliquer la question de l’élégance féminine sous cet angle est important, car cela attire l’attention des femmes sur une pratique qu’elles accomplissent habituellement. On leur dit alors : si tu fais cela avec cette intention, tu en seras récompensée. Sinon, toutes s’intéressent déjà à l’apparence, aux vêtements, aux parures, à l’entretien du corps, de la silhouette, aux régimes, aux divers crèmes, aux parfums et aux cosmétiques.
L’auteur dit dans ‘Awn al-Ma‘boûd : « En effet, son utilité est bien plus grande », c’est-à-dire plus grande que celle d’un trésor.
Sois attentif – ô serviteur d’Allah – il dit : « Cela indique que cette femme est plus bénéfique que le trésor que l’on connaît, car elle est le meilleur bien qu’un homme puisse acquérir. En effet, son utilité est bien plus grande, et lorsque l’homme la regarde, elle le réjouit. C’est-à-dire qu’elle le rend heureux par la beauté de son apparence, la noblesse de son comportement et l’aide qu’elle apporte dans la préservation de la religion. De plus, lorsqu’il lui ordonne une chose licite ou conforme à l’usage, elle obéit et le sert ; et lorsqu’il s’absente, elle le préserve. »
Tel est le sens du hadith : « La vie d’ici-bas est un bien éphémère, et le meilleur de ses biens est une femme vertueuse. »
L’érudit At-Tîbî – qu’Allah lui fasse miséricorde – a dit : « Le hadith précise la vertuosité de la femme – « le meilleur de ses biens est une femme vertueuse » – afin d’indiquer qu’elle devient la pire des biens si elle n’est pas vertueuse. »
Que comprend-on du hadith : « Le meilleur de ses biens est une femme vertueuse » ? Si elle était à l’inverse de cela, elle deviendrait pour l’homme un fléau, une cause de déviation, de chute morale et de décadence.
L’épouse qui aide dans les affaires de l’au-delà est celle qui est chaste, pieuse, préservée, noble et croyante ; celle qui s’acquitte du droit d’Allah, Le remercie pour le bienfait de son mari et en reconnaît la valeur. Elle fait partie des choses licites les plus pures de ce bas monde : l’épouse vertueuse. C’est pourquoi le Prophète a vivement encouragé le mariage avec une telle femme et a ordonné de s’efforcer de l’épouser.
Lorsqu’il la regarde, elle le réjouit ; lorsqu’il lui ordonne une chose, elle obéit ; lorsqu’il s’absente, elle le préserve dans son honneur, ainsi que le sien, et le préserve dans ses biens, sa lignée et sa couche.
Le meilleur bien de ce bas-monde est donc la femme vertueuse : celle qui protège son mari de l’illicite, et l’aide dans les affaires religieuses et celles de la vie mondaine. Toute jouissance qui aide aux affaires de l’au-delà est louable. Or, cette femme est une jouissance, car elle aide son époux pour l’au-delà. Son époux jouit donc de sa compagnie ici-bas et elle devient une cause de sa félicité dans l’au-delà.
Elle évite ce qui courrouce son Seigneur et ce qui déplaît à son mari. Elle embellit son comportement, patiente face à sa rudesse, ne le trahit pas dans ses biens et rend sa vie agréable.
Le Qâdî ‘Iyâḍ — qu’Allah lui fasse miséricorde — a dit : « Il les a détournés de l’or et de l’argent », c’est-à-dire qu’il les a incités à ne pas s’y attacher, « vers ce qui est meilleur et plus durable que l’or et l’argent : à savoir la femme vertueuse et belle, tant qu’elle est avec toi. »
Il poursuit : « Elle est ta compagne : tu la regardes et elle te réjouit ; tu la consultes sur ce qui te préoccupe, et elle garde ton secret ; tu t’appuies sur elle dans tes besoins et elle obéit à tes ordres ; et lorsque tu t’absentes, elle protège tes biens et prend soin de tes enfants. » [‘Awn Al-Ma‘boûd].
Parmi les enseignements de ce hadith, le fait que le meilleur trésor et la meilleure acquisition du musulman se résument en ces trois choses : un cœur reconnaissant, une langue qui mentionne Allah et une épouse croyante qui aide dans les affaires de l’au-delà.
Il montre également qu’il convient, lorsque l’on répond à une question, d’orienter le questionneur vers ce qui lui est le plus bénéfique pour sa religion et pour sa vie mondaine.
En effet, lorsqu’ils demandèrent : « Alors, quelle richesse devons-nous acquérir ? » Après l’avertissement qui avait été révélé au sujet de l’or et de l’argent, ils cherchaient à savoir : quelle richesse devons-nous acquérir ?
Le Prophète ﷺ attira leur attention vers ce qui est plus profitable que toutes ces richesses : le véritable trésor.
Le hadith met aussi en évidence le rang du cœur. En effet, lorsque la question fut posée : « Quelle richesse devons-nous acquérir ? », il répondit en premier : « Que l’un d’entre vous acquière un cœur reconnaissant »
Donc le cœur que le croyant acquiert et qu’il rend reconnaissant envers les bienfaits de son Seigneur est, sans aucun doute, le meilleur des biens et la plus précieuse des réserves.
Amassez donc ce trésor : un cœur reconnaissant, une langue qui mentionne Allah et une épouse vertueuse !
Ces trois choses sont véritablement les causes du bonheur ici-bas et dans l’au-delà.
Chaykh Mouhammad Sâlih Al-Mounajjid حفظه الله