Pourquoi le Prophète ﷺ n’a pas mangé d’uromastyx

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Le Prophète ne critiquait pas ce qu’on lui présentait comme nourriture, il ne la dénigrait pas ni pour son goût ni à cause d’un manque de perfection dans sa cuisson ou sa préparation.

D’après Abou Hourayrah رضي الله عنه : « Le Prophète صلى الله عليه وسلم n’a jamais dénigré un plat, s’il le désirait, il le mangeait ; sinon il le laissait. » [Rapporté par Al-Boukhari et Mouslim]

عن أبي هريرة – رضي الله عنه – قال : (ما عاب رسول الله – صلى الله عليه وسلم – طعامًا قط، إن اشتهاه أكله، وإن كرِهه تركه) ؛ متفق عليه

Donc s’il n’en voulait pas, il le laissait et se taisait. Mais lorsqu’on l’interrogeait sur cela, il en expliquait la raison. 

Dans un hadith authentique rapporté par Mouslim et d’après Khalid ibn Al-Walid رضي الله عنه, on posa à la table du Prophète صلى الله عليه وسلم un plat d’uromastyx (lézard du désert) [voir photo]. Le Prophète صلى الله عليه وسلم n’y toucha pas. Khalid ibn Al-Walid demanda alors : « Est-ce illicite ô Messager d’Allah ? » Il répondit :  « Non, mais on ne le trouve pas sur la terre de mon peuple, j’en ressens donc de la répulsion. » (c’est-à-dire que ce n’était pas dans les habitudes de son peuple d’en manger). Khalid ibn Al-Walid en mangea alors et le Prophète صلى الله عليه وسلم le regardait. 

عن عبدالله بن عباس رضي الله عنهما عن خالد بن الوليد رضي الله عنه : أنه دخل مع رسول الله صلى الله عليه وسلم بيت ميمونة، فأُتي بضب محنوذ، فأهوى إليه رسول الله صلى الله عليه وسلم بيده، فقال بعض النسوة : أخبِروا رسول الله صلى الله عليه وسلم بما يريد أن يأكل، فقالوا : هو ضب يا رسول الله، فرفَع يده، فقلت: أحرام هو يا رسول الله ؟ فقال: (لا، ولكن لم يكن بأرض قومي؛ فأجدني أَعافُه)، قال خالد : فاجتررتُه فأكلته ورسولُ الله صلى الله عليه وسلم ينظر

D’abondantes larmes

Ô mon frère malade… Si les larmes peuvent t’aider[1], alors pleure. Mais si ce n’est pas le cas alors fais mine de pleurer, car il n’y a rien de semblable aux larmes pour illustrer la vie du cœur. Et récoltera [les fruits] de sa culture le Jour de la Résurrection celui qui aura arrosé la terre de son cœur avant le regret. Mais que vas-tu récolter si tu es privé de larmes ?

Ceux dont le cœur est vivant pleurent de désir et de désespoir : ‘Abd Al-Wâhid Ibn Zayd a dit : 

    • Ô mes frères ! Ne pleurez-vous donc pas par désir de rencontrer Allah ? N’est-ce pas que celui qui pleure par désir de rencontrer son maître, ce dernier ne le privera pas de le voir .[2]
    • Ô mes frères ! Ne pleurez-vous donc pas par peur du Feu ? N’est-ce pas que celui qui pleure par effroi du Feu, Allah le protégera de lui.
    • Ô mes frères ! Ne pleurez-vous donc pas par peur de la soif le Jour de la Résurrection ? N’est-ce pas que celui qui pleure pour cela, sera abreuvé le Jour de la Résurrection.

Ô mes frères ! Ne pleurez-vous donc pas ? Bien sûr que oui… pleurez pour [le bienfait] de l’eau fraîche durant ces jours d’ici-bas, peut-être qu’Allah vous en abreuvera lorsque vous serez dans l’enceinte des saints avec le meilleur des commensaux[3] parmi les prophètes, les véridiques, les martyrs et les vertueux… et quels bons compagnons que ceux-là. » Puis il se mit à pleurer jusqu’à s’évanouir.

Il se peut qu’il pleure à cause de l’appel à la prière : lorsqu’Aboû Zakariyyâ An-Nachhalî entendait l’appel à la prière son visage changeait de couleur, laissait échapper des larmes et pleurait. On lui demanda la cause de cela, il répondit : « Je le compare (l’appel à la prière) au hurlement du Jour où tout sera exposé. » Puis il s’évanouit.

Il se peut qu’il pleure à cause des ablutions : lorsque ‘Atâ As-Soulaymî terminait ses ablutions il frémissait et tremblait, puis il pleurait abondamment. On lui en demanda la cause, il répondit : « Je vais certes accomplir une chose immense… Je vais me tenir debout devant Allah عز وجلّ ».

Il pleure ses péchés : Houdhayfah Al-Mar’achî vit un homme qui pleurait, il lui demanda : « Qu’est-ce qui te fait pleurer mon garçon ? » Il dit : « Je me suis rappelé des péchés que j’avais commis, j’ai alors pleuré. » Houdhayfah se mit à pleurer puis s’exclama : « Oui ô mon frère ! Ce sont les péchés que l’on doit pleurer. » Puis il prit sa main et s’éloignèrent en pleurant.

Il pleure car son sort [au moment de la mort] le préoccupe : Mouhsin Ibn Moûsâ a dit : « J’étais avec Soufiân Ath-Thawrî sur le chemin de La Mecque, et je vis qu’il pleurait beaucoup. Je lui ai donc demandé : « Ô ‘Abd-Allah, ces pleurs sont-ils causés par la peur des péchés ? » C’est alors qu’il prit de sa sacoche un morceau de bois qu’il lança et dit : « Certes, mes péchés sont à mes yeux plus méprisables que ce bout de bois ; en revanche j’ai peur que l’on me dépossède de l’unicité (At-Tawhîd).« 

Toutefois, il y a parmi les gens celui qui a les yeux secs ; il n’arrive pas à pleurer malgré que son cœur soit habité par la crainte d’Allah. Inversement, on trouve parmi eux celui qui est sensible, très émotif et qui pleure rapidement même si cette émotion n’est pas accompagnée d’une œuvre pieuse ou d’une crainte constante. Et si nous devions préférer l’un de ces deux cas, alors nous disons : les pleurs du cœur sont plus importants et plus élevés, car les pleurs sont une attestation que le cœur est vivant. Néanmoins cette attestation peut parfois être mensongère si elle n’a pas été accompagnée d’un acte. Quant aux pleurs du cœur et sa crainte, elle est une attestation indéniable de la vie qui s’y trouve, elle n’accepte en aucun cas la falsification.

Les pleurs du bien aimé :

Ibn Al-Qayyim رحمه الله a dit : « Il pleurait parfois par miséricorde envers le défunt ; parfois par inquiétude et compassion pour sa communauté ; parfois par crainte d’Allah ; ou parfois quand il écoutait le Coran. C’était des pleurs soucieux, d’amours et de respect accompagnés de la peur et de la crainte [d’Allah]. Lorsque son fils Ibrâhîm mourût, ses yeux versèrent des larmes par miséricorde à son égard. Il ﷺ dit d’ailleurs : « L’œil pleure, le cœur est triste, mais nous ne disons que ce qui satisfait notre Seigneur. Quant à nous, Ô Ibrâhîm, [ta séparation] nous chagrine. »[4] Il pleura également lorsqu’il vit l’âme quitter l’une de ses filles. Il pleura aussi lorsqu’Ibn Mas’oûd lui lut la sourate An-Nisâ et qu’il s’arrêta à Sa parole : (Comment seront-ils quand Nous ferons venir de chaque communauté un témoin, et que Nous te (Mouhammad) ferons venir comme témoin contre ces gens-ci ?) (An-Nisâ, v.41). Il pleura quand ‘Outhmân Ibn Madh’oûm رضي الله عنه décéda ; il pleurait quand le soleil s’éclipsait et qu’il priait la prière de l’éclipse… il se mettait à pleurer et à haleter dans sa prière en disant : « Ô Seigneur, Tu m’as fais la promesse de ne pas les châtier tant que je suis parmi eux et qu’ils te demandent pardon, et nous Te demandons pardon. »[5] Il pleura aussi lorsqu’il s’assit auprès de la tombe de l’une de ses filles. Et il pleurait par moment lorsqu’il priait la nuit.

Les pleurs sont de différentes sortes : 

  • Les pleurs liés à la miséricorde et la douceur
  • Les pleurs liés à la peur et la crainte
  • Les pleurs d’amour et de désir
  • Les pleurs de joie et de réjouissance
  • Les pleurs de désolation lorsqu’une difficulté touche une personne et qu’elle n’arrive pas à la supporter
  • Les pleurs liés à la tristesse
  • Les pleurs de panique et de faiblesse
  • Les pleurs hypocrites : c’est le fait que l’œil pleure alors que le cœur est endurci. Celui qui en est touché montre l’humilité alors qu’il fait partie des gens les plus dures.
  • Les pleurs empruntés et rémunérés : tels ceux de la femme qui pleure en contre-patrie d’un salaire. Elle est telle que l’a décrite ‘Oumar Ibn Al-Khattâb رضي الله عنه : « Elle vend ses larmes et elle pleure la tristesse d’un autre »
  • Les pleurs d’empathie : le fait qu’un homme voient des gens pleurer à propos d’une chose qui leur est arrivée, alors il pleure avec eux. Pourtant il ne sait pas pourquoi ils pleurent, mais il les voit pleurer alors il pleure. »

[1] T’aident dans ta foi et l’adoration d’Allah … (Note du traducteur)
[2] Et Allah est plus digne de cet exemple (Note du traducteur)
[3] Le commensal est un compagnon de table. Et le terme arabe, qui est ici نُدَمَاء désigne plus particulièrement un compagnon avec qui l’on partage un verre. (Note du traducteur)
[4] Sahîh Mouslim, n°9621
[5] Sahîh Ibn Hibbân, n°2827

Source original : http://www.kalemtayeb.com/ (Traduction par Le Cœur des Croyants)

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La douceur de la langue

Selon Aboû Hourayrah رضي الله عنه le Prophète ﷺ a dit : « Certes, le croyant prononce une parole digne de la satisfaction d’Allah, sans lui accorder de l’importance (لا يُلْقِي لَهُ بَالاً) et voilà qu’Allah l’élève en degré à cause d’elle. »[1]

Le terme « Al-Bâl – البَال » en arabe désigne le cœur. Médite sa parole « sans lui accorder de l’importance » Cette parole sort malgré elle sans qu’il n’ait réellement réfléchi, ni médité et sans qu’il ne l’ait fait passer dans son cœur. Malgré cela il prononce une parole bonne et pure ; car tout récipient abreuve de ce dont il contient, et ne se répand du jardin de roses que leur odeur. 

Celui dont le cœur est vivant goûte toute parole présente dans son cœur avant de les prononcer. Ainsi si elle est douce, il saura que son goût dans l’Au-Delà est encore plus doux, c’est pourquoi il la prononcera. Mais si elle est amère, il saura que son goût dans l’Au-Delà est bien plus amère, alors il se taira. 

Écoute [ce qu’est] la pureté d’un cœur qu’aucune autre pureté ne peut égaler. Un cœur pur est similaire à l’eau pure ; à l’origine l’eau est pure et elle purifie [celui qui l’utilise] à l’instar du cœur pur qui purifie les cœurs autour de lui. Ce cœur est celui de ‘Abd-Allah Ibn ‘Awn dont Khârijah Ibn Mous’ab dit à son sujet : « J’ai accompagné ‘Abd-Allah pendant 24 ans, et je n’ai pas connaissance que les Anges lui aient écrit une quelconque faute. »

Qu’importe le fait que le diable le provoque avec une partie de son armée, ses ruses et que se réunissent contre lui tous ses alliés, ils ne réussiront jamais [dans leur entreprise]. Selon Bakkâr Ibn Mouhammad et Ibn Qa’nab : « Ibn ‘Awn n’était pas quelqu’un de colérique, mais si une chose le mettait en colère il disait : « Qu’Allah te bénisse. » 

Un jour, un servant d’Ibn ‘Awn vint à lui en disant : « J’ai crevé l’œil de la chamelle. » Il répondit : « Qu’Allah te bénisse. » Le servant dit alors : « Je t’ai dit que j’avais crevé son œil et toi tu me dis « Qu’Allah te bénisse ?! » Il dit : « Je dis… te voilà libre pour la face d’Allah. » Qu’elle est donc cette éducation ?! Qu’elle est cette pureté ?! Et qu’elle combat [a-t-il fournie] pour avoir hérité ce niveau élevé de magnanimité, de bonnes paroles et cette splendide piété au point de devenir un exemple pour les autres, l’aspiration de tout vertueux et le plus grand souhait des gens sincères de son temps et de tout temps ?! 

Enfin, Mou’âdh Ibn Mou’âdh a dit : « Plus d’un compagnon de Yoûnous Ibn ‘Oubayd m’ont raconté cela : « Je ne connais pas un homme qui, depuis 20 ans, n’aspire pas à vivre un jour tels que ceux vécus par Ibn ‘Awn mais sans jamais y parvenir. Et ça ne se résume pas au fait que la personne se taise et ne parle pas… au contraire. Elle parle mais sans tomber dans l’erreur à l’instar d’Ibn ‘Awn. »

Mais il n’est pas le seul à être sur le ring, de nombreuses autres personnes [aux cœurs purs] le concurrencent. Il y a parmi eux Al-Foudayl qui a voulu parfumer nos langues et embellir nos paroles à sa manière si particulière, et avec son style convaincant en disant : « Les bonnes actions que te donne ton ennemi sont plus nombreuses que ceux qui proviennent de ton ami. » On lui demanda : « Et comment cela Ô Aboû ‘Alî ?!«  – Il répondit : « Certes, lorsque l’on t’évoque auprès de ton ami, il dit : « Qu’Allah le guérisse. » Mais si l’on t’évoque auprès de ton ennemi, il conjecture sur toi nuit et jour ; et ce pauvre individu te donne de ses bonnes actions. Donc s’il t’est évoqué alors ne dis pas : « Ô Allah, anéantis-le »… Non ! Invoque plutôt Allah : « Ô Allah réforme-le«  … »Ô Allah fais le revenir à la vérité ». 

Et Allah te récompensera pour ce dont tu auras invoqué. Car celui qui dit à une personne « Ô Allah, anéantis-le » aura répondu à la demande du diable (Ach-Chaytân). En effet, ce dernier souhaite la perdition de la créature.[2]« 

Que la miséricorde d’Allah soit sur ceux ayant de tels cœurs. Et certes a dit vrai celui qui les décrivit par sa parole : « Assurément, il y a parmi les hommes celui qui est à l’image d’un manuscrit ; il se peut qu’il ait [des pages] manquantes, des déchirures ou que ses extrémités aient été touchés et détériorés par de l’huile[3], pourtant il est le plus précieux et le plus cher car il n’y a qu’un seul exemplaire, pas deux. »

Le Messager est notre modèle :

Pourquoi chercher loin alors que se trouve devant nous le meilleur des exemples, notre Prophète ﷺ ? Jâbir Ibn Soumarah رضي الله عنه a rapporté de lui : « Le Messager d’Allah gardait longtemps le silence et riait peu. »[4] Et malgré son silence, s’il s’exprimait il ne sortait [de sa bouche] que le nectar, l’odeur suave, le remède et la guérison. C’est de la sorte que le Messager d’Allah ﷺ décrivit le croyant : « Le croyant est comme l’abeille ; elle ne mange que de bonnes choses, et ne laisse (ne produit) que de bonnes choses. »[5]

Ibn Al-Athîr a dit : « Quant à la ressemblance présente entre les deux, [croyant et abeille], on trouve : 

    • L’intelligence de l’abeille et sa perspicacité
    • Ses préjudices sont très minimes
    • Elle est un être faible
    • Elle est profitable
    • Elle se suffit de peu
    • Elle accomplit de nuit son objectif[6]
    • Elle s’écarte de ce qui est malpropre
    • Elle ne mange que ce qui est bon
    • Elle ne mange pas de la récolte des autres
    • Sa maigreur
    • Elle obéit à son émir. »

Un morceau d’or pur, exempt de tout défaut ; il n’y a pas d’atome étranger à celui de l’or. Il n’y a donc ni falsification, ni impureté, ni pigmentation, ni mutation ; mais c’est un or parfaitement robuste et pur. Tu ne trouves pas même l’infime trace d’impureté que le feu aurait séparer. Et cette description vient approuver celle faite par le Messager d’Allah ﷺ concernant le croyant : « Le croyant est comme un lingot d’or ; si [le feu] souffle sur lui, il rougit ; et s’il est pesé, son poids ne diminue pas. »[7]

[1] Sahîh Al-Boukhârî, n°6478
[2] Allah dit : (« Par Ta puissance! Dit (Satan). Je les séduirai assurément tous,) (Sâd, v.82) (Note du traducteur)
[3] L’huile présente dans les lampes anciennes et qui aurait pu toucher accidentellement le manuscrit. (Note du traducteur)
[4] Sahîh Al-Jâmi’ n°4822, jugé bon par Chaykh Al-Albânî
[5] Sahîh Al-Jâmi’ n°5846, jugé bon par Chaykh Al-Albânî
[6] Tout comme le croyant qui concrétise son objectif de vouloir plaire à Allah en priant la nuit, s’occupant de sa famille, aidant les autres etc. (Note du traducteur)
[7] Sahîh Al-Jâmi’ n°5846, jugé bon par Chaykh Al-Albânî

Source original : http://www.kalemtayeb.com/ (Traduction par Le Cœur des Croyants)

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