Ses médecins sont malades

La médecine des cœurs est une des sciences qui se sont raréfiées à notre époque. Il en résulta l’accroissement des maladies [du cœur] et leur propagation à tel point que beaucoup de nos savants, qui portent nos remèdes[1], ont été touchés.

Ainsi, leurs esprits mémorisèrent les explications de livres et les Moutoûn alors que leurs membres ont oublié la [bonne] guidée et le [rappel] de la mort. Leurs langues disent qu’ils sont des gens de science alors que leurs actes déclarent qu’ils sont des ignorants.

La majeure partie des savants de notre époque sont de deux catégories :

  • Une catégorie de savants absorbés par les biens de ce bas monde, haletants dans leur course derrière cette vie mondaine dont l’amassement ne les fatigue nullement, et qui passent leur vie à travers les délices mondains. Ceux-là, cette vie d’ici-bas a entièrement pris le contrôle de leur cœur. Et la crainte de la pauvreté et l’amour de la course aux richesses sont devenus inhérents à celui-ci.

La plupart de ces savants ont été poussés [par les gens du pouvoir] à devenir ainsi ; on a voulu d’eux qu’ils courent derrière les gains et qu’ils s’y investissent dans le but d’acquérir de la subsistance. Il leur a été donné en échange [de leur service et de leurs fatâwa] tout juste de quoi subsister. Juste le nécessaire pour vivre !! Et ce, afin qu’ils restent emportés dans la tornade et prisonniers dans la meule à la solde de ces gens-là. Ils n’atteignent jamais leurs espérances, ni ne délaissent la course vers quoi ils aspirent ; voilà pourquoi ils ont oublié leur plus grande et leur plus noble tâche qu’est l’héritage des prophètes et l’accomplissement de la fonction des messagers.

  • Et une autre catégorie qui, quant à elle, s’est simplifiée le chemin [du mal] en agréant les interdits « faciles »[2] et en agréant l’ambiguïté que la masse ne peut distinguer et donc l’accepter facilement.

Ils ont pris leur foi telle une marchandise dont ils vendent une partie ou bien sa totalité obtenant ainsi leur récompense dans la renommée, la gloire, dans de nombreux biens et l’argent. Ce sont en réalité des gens hypocrites et habiles qui se sont ornés pour les gens et pour se rapprocher des gouverneurs. Ils cherchent [toujours] les facilités qu’ils utilisent pour émettre leurs fatâwa. Leur habitude est la duperie et leur voie celle de l’hypocrisie ; voilà pourquoi le fléau s’est généralisé et que le remède a décliné.

Et c’est ce qui se passa du temps du grand savant, al moujâhid, ‘Abd-Allah Ibn Al-Moubârak رحمه الله lorsqu’il vit que l’un de ses frères commença à emprunter cette voie-là. Il accompli ce qui lui incombait en lui prodiguant immédiatement conseil et lui tendant la main. Et quelle biographie que celle d’un homme tel qu’Ibn Al-Moubârak ! Elle est similaire à la senteur suave des roses que le vent transporte d’une colline à une autre et d’une époque à une autre franchissant ainsi les portes du temps et des contrées pour nous rapporter de lui ce qui suit : lorsqu’Ibn Al-Moubârak fut informé qu’Ismâ’îl Ibn ‘Oulyyah supervisa les aumônes, il lui écrivit des vers de poésie qui sont valables pour toutes les époques où s’est répandu ce mal en disant :

Ô toi qui a fait de la science un faucon,

Par lequel il chasse les biens des pauvres gens

Tu as rusé pour cette vie mondaine et ses délices

D’une ruse qui te dépossèdera de la religion.

Tu es devenu follement épris de cette vie d’ici-bas

Après avoir été un remède pour les malades.

Où sont passés les ahâdîth que tu as rapporté

D’Ibnou ‘Awn et d’Ibnou Sîrîn ?

Où sont passés les ahâdîth que tu as évoqué

Quant au fait de s’attacher aux portes des gouverneurs ?

Si tu répondais « j’ai été contraint » alors qu’as-tu fais pour te sauver ?

Tu es tombé dans ce dont tu mettais en garde.

Lorsqu’il lut cet écrit, il pleura et demanda à être démis de ses fonctions.

Si la mort du cœur a bien des caractéristiques qui se différencient d’une personne à une autre et d’une profession à une autre, la plus significative et célèbre d’entre elles (que l’on trouve) chez les gens de science est celle qu’a défini Mâlik Ibn Dînâr رحمه الله en disant : « J’ai questionné Al-Hasan : « Quel est le châtiment de l’homme de science ? » Il répondit : « La mort du cœur. » – « Et qu’est-ce que la mort du cœur ? » lui demandais-je. Il dit : « Vouloir cette vie d’ici-bas avec les œuvres de l’au-delà. »

Ceux-là, Rabî’ah Ar-Ra°y رحمه الله les nomma « les abjects » et « les plus vils ». Mâlik Ibn Anas a rapporté : « Mon professeur Rabî’ah Ar-Ra°y m’a demandé : « Ô Mâlik ! Qui sont les abjects ? » Je répondis : « Ceux qui se nourrissent en usant de leur religion. » Puis il ajouta : « Et qui sont les plus vils ? » Je dis alors : « Ceux qui profitent aux autres au détriment de leur religion.»

Ils extériorisèrent la religion pour Allah

Alors que c’est autour du dinar qu’ils tournaient

Pour lui (le dinar) ils jeûnèrent et prièrent

Et pour lui ils accomplirent le pèlerinage et la visite (‘Oumrah)

Si [le dinar] était plus éloigné encore que les Pléiades

Et qu’ils avaient des ailes, ils s’envoleraient pour l’atteindre.

L’homme de science mauvais qui n’œuvre pas avec sa connaissance est une épreuve et une nuisance pour lui-même et pour les autres ; il est semblable à un rocher obstruant la source d’un fleuve ; ni il n’absorbe l’eau et ni ne la laisse passer pour alimenter les cultures… Faites-nous miséricorde et laissez-nous Ô savants du mal !!

Si l’érudit s’égare et que des gens le suivent

Ils s’égareront avec lui, puis ils périront tout comme il périra

A l’exemple d’un navire qui, lorsqu’il se brise sur une vague

Chavire et emporte avec lui tous ses passagers.

[1] Car ce sont eux qui orientent les musulmans, les conseillent, les soignent de l’ignorance à travers leur science… (Note du traducteur)

[2] Tels ceux commis avec la langue pour arriver à leurs fins (Note du Traducteur)

Source original : http://www.kalemtayeb.com/ (Traduction par Le Cœur des Croyants)

وطب القلوب من العلوم التي شحَّت في زماننا ، ونتج عنه المرض الذي عمَّ وانتشر حتى أصاب كثيرا من علمائنا وحاملي دوائنا ؛ فحفظت أذهانهم الشروح والمتون ، ونسيت جوارحهم الهدى والمنون ، وقالت ألسنتهم أنهم عالمون ونطقت أفعالهم أنهم جاهلون.
وأكثر علماء زماننا نوعان :
نوع منكبٌ على حطام الدنيا لاهث وراءها ، لا يمل جمعها ، ويتقلب شهره ودهره في ملذاتها ، وقد أخذت دنياه بمجامع قلبه ، ولزمه خوف الفقر وحب التكاثر ؛ وأكثر هؤلاء دُفِع إلى ذلك دفعا وأُريد له أن ينشغل بالسعي وراء لقمة العيش والكدِّ من أجل الرزق وأُعطوا في مقابل ذلك الكفاف ؛ ليس غير الكفاف ، ليظلوا دوما غارقين في الإعصار ، دائرين في الرحى ، لا يبلغون ما يأملون ، ولا يتركون السعي إلى ما يطمحون ، وبذلك نسوا أسمى مهامهم وأشرفها وهي وراثة الأنبياء والقيام بوظيفة الرُّسل.
ونوع آخر اختصر الطريق على نفسه ، ورضي بالحرام السهل ، والشبهة المربحة ، واتخذ الإيمان سلعة ، يبيع بعضه أو كله ، ويقبض الثمن توسعة وإكراما وإغداقا وأموالا ، أهل تصنُّع ودهاء ، وتزيُّن للمخلوقين ، وتملُّق للحكام ، يلتقطون الرُّخص ويفتون بها ، ديدنهم المداهنة ، وطريقتهم المنافقة ، ولذا عمَّ البلاء وعزَّ الدواء ، وقد سبق للعالم المجاهد عبد الله بن المبارك أن رأى أحد إخوانه يسلك أول هذا الطريق فقام بواجبه في النصح على الفور ، ومدَّ له يد العون ، وما أطيب سيرة رجل كابن المبارك كأريج الزهور تنقلها الريح من سهل إلى سهل ومن عصر إلى عصر متجاوزة حدود الزمان والمكان ، لتنقل لنا أنه لما قيل له : إن إسماعيل بن علية قد ولي الصدقات كتب إليه ابن المبارك [ ت : 181 ] أبياتا من الشعر تصلح لكل زمان سرى فيه هذا الداء فقال :
يا جاعل العلم له بازيا … يصطاد أموال المساكين
احتلت للدنيا ولذاتها … بحيلة تذهب بالدين
فصرت مجنونا بها بعد ما … كنت دواءً للمجانين
أين رواياتك في سردها … عن ابن عون وابن سيرين
أين رواياتك والقول في … لزوم أبواب السلاطين
إن قلت أُكرهتُ فماذا كذا … زلَّ حمار العلم في الطين
فلما قرأ الكتاب بكى واستعفى .
وإن كان لموت القلب علامات تختلف من شخص إلى آخر ومن مهنة إلى أخرى ؛ فإن أبرز علامات موت قلب العلماء وأشهرها هي ما عرفناه من مالك بن دينار [ ت : 130 ] الذي قال :  » سألتُ الحسن [ ت : 110 ] : ما عقوبة العالم؟ قال : موت القلب. قلت : وما موت القلب؟ قال : طلب الدنيا بعمل الآخرة  » .
وسمَّاهم ربيعة الرأي [ ت : 133 ] بالسفلة وسفلة السفلة ، فقد روى مالك بن أنس [ ت : 179 ] :  » قال لي أستاذي ربيعة الرأي : يا مالك! من السفلة؟ قلت : من أكل بدينه ، فقال : فمن سفلة السفلة؟ قال : من أصلح دنيا غيره بفساد دينه  » .
أظهروا لله دينا * وعلى الدينار داروا
وله صاموا وصلوا * وله حجوا وزاروا
لو بدا فوق الثريا * ولهم ريش لطاروا
عالم السوء الذي لا يعمل بعلمه فتنة ووبال على نفسه وغيره ، ومَثَله مثل صخرة وقفت في فم النهر ؛ لا هي تشرب ولا هي تدع الماء يخلص إلى الزرع .. ارحمونا يا علماء السوء!!
إن الفقيه إذا غوى وأطاعه ** قوم غووا معه فضاع وضيَّعا
مِثل السفينة إن هوت في لجة ** تغرقْ ويغرقُ كل من فيها معا

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