Dis-moi à quoi tu joues, je te dirai …

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L’importance du jeu

On rapporte de Hassan Ibn ‘Alî رضي الله عنه, qu’en rentrant chez lui en compagnie de son fils ‘AbdAllah, il remarqua que des enfants avaient pris le toit de sa demeure comme aire de jeux. ‘AbdAllah souhaita les chasser, mais son père s’y opposa et lui dit : « Laisse-les, le jeu est leur printemps! »[i].

De tous temps, le jeu a occupé une place prépondérante dans la vie de l’enfant, et le propos voulant que « Par le jeu, l’enfant construit son « je » » illustre bien sa fonction éducative.
L’importance du « ludique » dans le développement de l’enfant est très présente dans l’héritage islamique ; la prise en compte de ce besoin élémentaire se révèle même dans la souplesse de la législation islamique concernant les statuts juridiques s’y rapportant.
Ibrâhîm An-Nakha’î رحمه الله, célèbre jurisconsulte du 7ème siècle[1], disait : « Ils (les compagnons du Prophète) autorisaient aux enfants ce qu’ils ne permettaient pas aux plus grands, à l’exception du chien ».
Cette même règle fut mentionnée par le célèbre érudit Ibn Taymiyyah رحمه الله dans son ensemble de fatwas et lorsque le jurisconsulte Mouhammad Ibn Sâlih Al ‘Outhaymîn رحمه الله justifie le bien-fondé de cette règle, il insiste sur le fait que « l’enfant a un penchant inné pour le jeu, le divertissement… »

Comme on y a déjà fait allusion, le jeu a, en plus d’une fonction divertissante, une fonction éducative primordiale. Par son biais, les enfants sont à même d’intégrer les diverses règles de vie en société, de s’initier aux relations sociales et de construire ainsi leur personnalité (développement psychoaffectif et cognitif).

Cette fonction éducative du jeu fut évoquée par plusieurs théologiens musulmans.
‘Âichah رضي الله عنها , la mère des croyants, rapporte : « Je jouais avec mes copines à la poupée chez le Messager d’Allah. Lorsqu’il entrait dans la pièce, elles s’enfuyaient ; il les ramenait alors vers moi pour qu’on continue à jouer ensemble. » [Boukhârî et Mouslim]

On peut lire dans le commentaire de ce hadîth par An-Nawawî رحمه الله, célèbre exégète : « Cela prouve l’autorisation des poupées. Celles-ci font donc exception aux hadîths prohibant les représentations figurées, elles contribuent à l’initiation de la femme, depuis son enfance, à s’occuper d’elle, de son foyer et de ses enfants. »

L’érudit et savant du hadîth Nâsir Ad-Dîne Al-Albânî رحمه الله insista également, sur l’importance de l’usage du jouet dans une démarche pédagogique : « Le Prophète a permis aux fillettes d’acquérir des jouets imagés, il y a en cela une évidente sagesse comme cela est démontré dans le hadith de ‘Âichah avec ses jouets…La sagesse en cela réside dans le fait que la petite fille s’exerce, par le biais du jeu, à assumer sa future fonction matrimoniale. »
Dans le même registre d’idées, on peut mentionner le hadîth de Roubayyi’ Bint Mou’awwidh رضي الله عنها, compagnonne du Prophète صلى الله عليه و سلم :
« Nous fabriquions des jeux en laine pour nos enfants afin de les distraire de manger et de boire, jusqu’à l’heure de la rupture du jeûne ».

Le jeu et la licité islamique

Cette souplesse de la législation concernant les jouets pour enfants ne signifie pas qu’ils soient dépourvus de toutes normes ; l’usage des jouets est assujetti à des règles et des paramètres dont on devrait tenir compte lors de leur acquisition pour nos enfants.
L’énoncé suivant n’est pas exhaustif dans toute sa forme mais il pourrait, à titre indicatif, fournir aux parents musulmans quelques repères dans ce domaine.

Beaucoup de parents musulmans pensent que ces règles sont limitées à celles qui s’appliquent à l’apparence du jouet, à sa forme et plus exactement à la similitude explicite qu’il peut présenter avec des représentations figurées humaines, et animales. Nous nous n’étendrons par sur ce sujet largement traité, nous contentant de faire allusion au fait que le jugement des jouets comprenant des représentations figurées humaines ou animales est un sujet de divergence entre les jurisconsultes musulmans. Celle-ci résulte du travail de réflexion mené par ces derniers afin de concilier les dires prophétiques généraux, stipulant l’interdiction de toute représentation figurée humaine ou animale, et les hadîths faisant mention des poupées de ‘Âichah, son cheval ailé etc… Ces derniers font-ils exception ou non du caractère général exprimé par la première catégorie de hadîths énoncés? Telle est, en résumé, l’essence de la divergence scientifique à ce sujet.

L’éminent savant Mohammad Ibn Sâlih Al ‘Outhaymîn رضي الله عنه fut interrogé :

Il y a différentes sortes de poupées. Certaines sont fabriquées en coton. Il s’agit de sacs représentant les formes de la tête, des mains et des pieds. Certaines de ces poupées sont si bien confectionnées au point de présenter des similitudes saisissantes avec un personnage humain. D’un point de vue morphologique mais aussi sur le plan comportemental – à savoir qu’elles sont dotées de caractéristiques humaines, telles que la voix, les pleurs, etc.

Quel est donc le statut juridique de la fabrication ou l’achat de ce genre de jouets pour les petites filles, quand bien même on le ferait avec une visée éducative ou de divertissement ?

Il répondit : Il n’y a pas de doute au fait que les poupées qui sont représentées dotées de quelques membres corporels, mais sans être une représentation en tout point identique à des caractéristiques humaines, sont permises. Elles sont assimilables aux poupées avec lesquelles jouait ‘Âichah, qu’Allah l’agrée.
Quant à la poupée totalement assimilable à l’être humain au point que l’on se croirait en face d’une vraie personne – par exemple si elle est dotée d’attributs tels que la parole ou la flexibilité corporelle, il y a donc quelques réticences à en prononcer la totale licité islamique. Ils semblent en effet vouloir reproduire parfaitement la création d’Allah.
Il semble donc qu’il vaudrait mieux les éviter, mais je ne prononce toutefois pas d’interdiction formelle à leur propos, étant donnée la latitude laissée aux enfants– et non aux adultes – dans ce domaine.
En effet, l’enfant a une disposition naturelle à s’adonner au jeu et n’est pas assujetti, à titre obligatoire, aux actes d’adoration inhérents à la vie du musulman. On ne peut donc pas dire à son sujet qu’il perd son temps dans le divertissement et le jeu … »[2]

Jeu et société, attention aux pièges.

Notons en outre que les jeux ou jouets sont des vecteurs de transmission de valeurs sociétales, pouvant s’avérer être en opposition flagrante avec les valeurs prônées par la religion islamique.
On peut citer à titre d’exemple l’avis juridique concernant les  »Pokemon » (sorte de jeu de cartes fort prisé par les enfants) prononcé par le comité permanent pour la fatwâ et recherches religieuses, en Arabie Saoudite. Ils soulignèrent le fait que ce jeu, entre autre, conforte la théorie existentielle de Darwin et comprend des signes et symboles païens.
En conclusion on peut y lire :
« Le comité conseille à l’ensemble des musulmans de faire attention à ce jeu, d’en interdire l’usage à leurs enfants, afin de protéger leur religion et leur probité morale. »
Nombre de sociologues occidentaux ont mis en exergue cette vocation du jeu dans leurs études.
Des recherches ont explicité le fait que les sociétés contemporaines sont des sociétés de consommation qui reflètent, à travers leurs jeux, les valeurs et idéaux dont elles sont porteuses.
Freitag, par exemple (1997), dans son étude menée sur les jeux en tant qu’outils de socialisation des enfants, a démontré que, dans nos sociétés occidentales, les jouets et jeux sont devenus les vecteurs de transmission de schéma sociétal, d’idéologies diverses à même d’influencer les comportements des uns et des autres.[3]

Jeu et responsabilité

Par ailleurs, on ne doit pas négliger le type de matériel utilisé pour la fabrication des jouets artisanaux. Eviter les matériaux pouvant être nocifs le Prophète صلى الله عليه و سلم ayant dit : « Pas de nuisance ni à soi-même, ni à autrui. » Certains comités de fatwa tranchent même pour l’interdiction d’utiliser des composants alimentaires, par exemple pour les réalisations en pâte à sel.

Enfin, il faut éviter les dépenses excessives dans l’achat des jouets.
{Qui, lorsqu’ils dépensent, ne sont ni prodigues ni avares mais se tiennent au juste milieu .}
[Sourate 25, verset 67]

Conclusion

En conclusion, le musulman se doit d’être alerte sur les choix des jouets ou jeux de ses enfants, et d’apprécier avant leur acquisition leur conformité avec les principes de notre noble et sage religion. Il est bon à cet effet, de :

– Garder à l’esprit les paramètres qu’on vient d’exposer, et de consulter les théologiens avertis en cas de doute.

– Privilégier les jeux artisanaux fabriqués à la maison.

– Se rappeler de nos responsabilités religieuses vis à vis d’Allah quant à la conformité de nos ‘’acquisitions distractives’’ avec la religion islamique.

N’oublions pas que les enfants sont une des parures tentatrices dans cette vie d’ici-bas, et que la réponse à leurs désirs ne doit pas nous conduire à la transgression….
Allah Le Très Haut dit :
{Et sachez que vos biens et vos enfants ne sont qu’ une épreuve et qu’ auprès d’ Allah il y a une énorme récompense.} [Sourate 8, verset 28]

Qu’Allah soit loué…


[1]Calendrier grégorien
[2] Extrait d’un avis juridique tiré de Fatâwâ al-‘Aqîdah (Fatwas sur le dogme), page 684 et 685.
[3] « Le jeu de l’enfant et la construction sociale de la réalité »/ Ludovic Gaussot, maître de conférences en sociologie

[i] Rapporté par Ibn Abî Douniâ.

Source : http://horizon-islam.blogspot.fr/

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