Le frissonnement des cœurs vivants

L’œil voit ce qui l’entoure… mais s’il venait à repérer une chose prohibée, alors un cœur vivant ne permettra jamais à ces pensées de l’atteindre. 

Et bien que l’oreille écoute, si ce qui est entendu est illicite elle tremblera de peur. Elle placera immédiatement une barrière impénétrable et une cloison entre elle et ce qui provoque la colère d’Allah. 

Si celui qui détient un tel cœur prend place dans une assise où l’illicite s’immisce vers lui, il l’apercevra alors immédiatement ; puis sans plus attendre, il se faufilera pour quitter [ce lieu][1] s’il n’est pas parvenu à changer [le blâmable] et à y faire face. Voilà ce qui est à l’origine de la salubrité de ce cœur et le signe de sa purification, Allah Le Très Haut a dit : (Ceux qui pratiquent la piété, lorsqu’une suggestion (طَائِفٌ) du Diable les effleure se rappellent (du châtiment d’Allah) : et les voilà devenus clairvoyants.) (Al-A’râf, v.201)

Médite Sa parole (les effleure), elle indique que le coup qui leur est porté n’est pas fort. Cela est dû à leur retour immédiat vers Allah qui les protège du diable dès qu’il commence à lancer ses suggestions. Car les pensées sataniques en entrainent d’autres ; si on les néglige, peu de temps ne passe avant qu’elles ne deviennent des désirs. Puis ceux-ci deviendront une volonté qui elle-même deviendra une détermination. Et cette détermination se transformera en un acte.

Médite également Sa parole (suggestion)[2], c’est comme si les mauvaises suggestions circumambulaient et tournaient autour d’eux sans qu’elles ne puissent les pénétrer, ni les impacter à cause de la puissance de leurs cœurs et l’éveil de leur foi. Ils sont semblables à ceux dont les suggestions sataniques (littéralement : fantaisies) tournent autour d’eux sans qu’elles n’arrivent à les pousser à l’acte. 

Quant au terme arabe « Tâif – طائِفٌ », il est aussi attribué à celui qui marche autour d’un endroit et qui attend l’autorisation pour entrer. Donc Allah compara la suggestion [du diable] dès qu’elle se présente à quelqu’un à une personne qui réside dans un endroit sans pouvoir s’y installer.

[1] Ceci est la traduction littérale du terme تسلل خارجا qu’utilisa l’auteur ; mais il conviendrait de dire : « puis il quittera (ce lieu) sans plus attendre. » Car, lorsque le cœur réprouve une chose, cela se voit sur l’apparence. Il quittera donc cette assise pour que les gens voient les traces de sa réprobation. Et Allah est plus savant (Note du traducteur)
[2] En arabe, le terme est ٌطائف. Il est bien plus précis que celui proposé par la traduction du sens en français. En effet, l’origine de ce mot est طافَ qui signifie le fait de tourner autour de quelque chose. Ainsi, on comprend que c’est une suggestion qui tourne autour de l’individu. (Note du traducteur)

Source original : http://www.kalemtayeb.com/ (Traduction par Le Cœur des Croyants)

Lire la suite

« Certes, la foi s’use à l’intérieur de l’un d’entre vous de la même manière que s’use l’habit… »

Al-Hâkim rapporte dans Al-Moustadrak ainsi qu’At-Tabarânî dans Al-Mou’jam que le Prophète صلى الله عليه وسلم a dit : « Certes, la foi s’use à l’intérieur de l’un d’entre vous de la même manière que s’use l’habit. Alors, demandez à Allah qu’Il renouvelle la foi dans vos coeurs. »[1]

Il veut dire par là que la foi s’use dans le coeur comme s’use l’habit lorsqu’il se déchire et devient ancien. En effet, il arrive parfois que le coeur du croyant s’obscurcisse et devienne sombre à cause d’un nuage de péchés. Cette situation à été décrite par le Prophète صلى الله عليه وسلم dans un hadîth authentique où il dit : « Il n’est pas un coeur qui n’ait un nuage comme celui qui voile la lune. Tandis que la lune est lumineuse, lorsqu’un nuage passe devant elle, il l’obscurcit. Mais lorsqu’il la quitte, elle redevient lumineuse. »[2]

Donc, il arrive qu’un nuage passe devant la lune pour cacher sa lumière mais il part aussitôt et sa lumière illumine à nouveau le ciel. De même, parfois, le coeur du croyant est recouvert de nuages sombres de péchés qui voilent sa lumière. L’homme demeure alors dans l’obscurité et la mélancolie. Mais, lorsqu’il s’efforce de renforcer sa foi, en sollicitant l’aide à Allah Tout Puissant et Tout-Majestueux, ces nuages se dissipent et la lumière retourne à son coeur comme auparavant.

L’un des points fondamentaux qui permettent de comprendre la question de la faiblesse de la foi et son traitement, est la cognition que la foi augmente et diminue.

Cette conception fait partie de la croyance même des gens de la Sounnah et de l’Unité, qui confirment que la foi est une déclaration verbale, une croyance adoptée par le coeur et un acte confirmé par les membres, qui augmente par l’obéissance à Allah et diminue par la transgression de Ses lois. Ceci est appuyé par des arguments émanant du Coran et de la Sounnah tels que : (C’est Lui qui a fait descendre la quiétude dans les coeurs des croyants afin qu’ils ajoutent une foi à le foi) (S.58, v.3)

(Et quand une sourate est révélée, il en est parmi eux qui disent : « Quel est celui d’entre vous dont elle fait croître la foi ? ») (S.9, v.124)

La parole du Prophète صلى الله عليه وسلم : « Quiconque est témoin d’un acte blâmable qu’il le corrige avec sa main. S’il ne peut le faire, alors qu’il le fasse avec sa langue. S’il ne peut le faire, que ce soit avec son coeur. Tel est le degré le plus bas de la foi. »[3]

L’effet de l’obéissance et de la désobéissance sur l’augmentation et la diminution de la foi est un fait connu et attesté. Si quelqu’un va au marché, regarde les femmes et écoute les cris et les futilités des gens, puis se rend au cimetière, réfléchit et voit son coeur s’adoucir, il trouvera une grande différence entre les deux situations. Donc le coeur change vite.

À propos de la relation de conception avec notre sujet, certains prédécesseurs ont dit : « L’intelligence du serviteur consiste à entretenir sa foi et à combler son manque. L’intelligence du serviteur consiste à savoir si sa foi augmente ou diminue. Et l’intelligence de l’homme consiste à savoir comment et d’où viennent les suggestions du diable. »[4]

Il est nécessaire de savoir que, si la diminution de la foi conduit à abandonner un devoir religieux ou à commettre un péché, il s’agit à ce moment là d’un grave laxisme. Celui qui en est éprouvé est blâmable ; il lui incombe de se repentir à Allah عز وجل et de remédier à son cas.

Lorsqu’une telle insouciance ne conduit ni à l’abandon des devoirs religieux ni à commettre un péché, mais se limite à une régression des actes subrogatoires, par exemple : il faut se contrôler et faire l’effort pour retrouver sa vigueur et sa force dans l’adoration. Ceci est tiré de la parole du Prophète صلى الله عليه وسلم : « Chaque oeuvre demande de la vigueur et toute vigueur à un temps. Alors, quiconque passe le temps de sa vigueur à appliquer ma tradition (Sounnah) sera sur le bon chemin. Par contre, celui qui passe le temps de sa vigueur à autre chose périra. »[5]

Avant d’aborder le traitement, il serait bien de faire une remarque : la plupart des gens qui ressentent un endurcissement du coeur, cherchent des remèdes extérieurs en comptant ainsi sur les autres. Or, s’ils le voulaient, ils pourraient se guérir eux-mêmes. Ceci est la vrai voie pour le traitement de cette maladie, car la foi est une relation entre le serviteur et son Seigneur.

[1] Rapporté par Al-Hâkim dans son Al-Moustadrak, t.1, p.4 ; Al-Haythamî a dit dans Majma’ Az-Zawâ’îd, t.1, p.52 : « Il est rapporté par At-Tabarânî dans Mou’jam Al-Kabîr et sa chaîne de transmission est fiable. Voir As-Silsilah As-Sahîhah, n°1585
[2] Rapporté par Aboû Nou’aym dans AL-Hilyah, t.2, p.196, voir As-silsilah As-Sahîhah, n°2268
[3] Rapporté par Al-Boukhârî, voir Fath Al-Bârî, t.1, p.51
[4] Rapporté par Ibn ‘Îssa dans son explication d’Al-Noûniyyah d’Ibn Al-Qayyim, t.2 p.140
[5] Rapporté par l’Imam Ahmad, t.2, p.210, voir Sahîh At-Targhîb, n°55

Source : « Comment augmenter ma foi » du noble Chaykh Mouhammad Sâlih Al-Mounajjid, Al-Hadîth éditions