Les implications de l’espoir

maxresdefaultIl convient de savoir que celui qui espère une chose, son espoir implique trois choses :

  1. La première est l’amour de ce qu’il espère
  2. La deuxième est la crainte de la perdre
  3. Et la troisième est son application.

Quant à l’espoir qui n’est accompagné d’aucune de ces trois choses, il est de l’ordre des fausses espérances. L’espoir est une chose et les fausses espérances en sont une autre, car toute personne qui espère ressent de la crainte, et celui qui emprunte un chemin et ressent de la crainte presse le pas de peur de manquer ce qu’il recherche.

Abû Hurayrah رضي الله عنه rapporte que le Messager d’Allah صلى الله عليه و سلم a dit : « Celui qui craint [d’arriver trop tard], chemine de nuit; et celui qui chemine de nuit parvient à destination. La marchandise d’Allah est précieuse, la marchandise d’Allah est la Paradis. » [As-Sahîhah (2335)]

De la même manière qu’Allah a attribué l’espoir à ceux qui pratiquent des œuvres pieuses, Il leur a également attribué la crainte, ainsi on voit que l’espoir et la crainte utiles sont ceux qui sont accompagnés d’œuvres pieuses, comme Allah dit : { Ceux qui tremblent par crainte de leur Seigneur, croient en Ses versets, ne Lui associent rien, donnent ce qu’ils peuvent et dont les cœurs tremblent de crainte à la pensée de retourner à leur Seigneur; ceux-là s’empressent d’accomplir de actions et sont les premiers à les accomplir. } [Sourate 23, Verset 57-61]

‘Âishah رضي الله عنها rapporte : « J’ai interrogé le Messager d’Allah صلى الله عليه و سلم à propos de ce verset, et j’ai dit : S’agit-il de ceux qui consomment de l’alcool, tombent dans la fornication et volent? Il répondit : Non, Ô fille du véridique ! Mais il s’agit de ceux qui jeûnent, accomplissent la prière, acquittent l’aumône, et craignent qu’on ne l’accepte pas d’eux, ce sont eux qui s’empressent d’accomplir de bonnes actions. » [As-Sahîhah (162)]

Allah a décrit les bienheureux par la bienfaisance accompagnée de crainte, et Il a décrit les malheureux par la malfaisance accompagnée [d’illusion] de sécurité.

Celui qui médite sur la condition des Compagnons constatera qu’ils étaient au summum de la pratique d’œuvres pieuses tout en étant au summum de la crainte. Alors que nous avons, nous, réuni entre la négligence et [l’illusion de] sécurité.

Le véridique [Abû Bakr] رصي الله عنه a dit : « J’aurais aimé être un poil sur le corps d’un croyant. » [Az-Zuhd (513)]

On rapporte qu’il prenait sa langue et disait : « C’est elle que mènera à ma perte. » [Az-Zuhd (561)]

Il pleurait abondamment et disait : « Pleurez, et si vous ne pleurez pas, forcez-vous. » [Az-Zuhd (558)]

Lorsqu’il se levait pour accomplir le prière, il ressemblait à un bout de bois, en raison de sa crainte d’Allah. [Al-Musannaf (2/264)]

On apporta un jour un oiseau à Abû Bakr. Il le considéra un moment en le tournant et le retournant dans sa main puis dit : « Un animal n’est tué, ou un arbre abattu, qu’en raison de son manque de glorification d’Allah. »

Lors de son agonie, il a dit à ‘Âishah : « Ô ma fille ! J’ai pris des biens des musulmans cette tunique, cette écuelle pour traire, et ce servant, presse-toi de les apporter à Ibn Al-Khattâb. » [Az-Zuhd (567)]

Il dit également : « Par Allah ! J’aurais aimé être cet arbre dont on mange et que l’on coupe. » [Az-Zuhd (580)]
Qatâdah a dit : « On a rapporté que Abû Bakr a dit : « J’aurais aimé être de l’herbe que les bêtes paissent. »

‘Umar récita sourate At-Tûr, jusqu’à parvenir au verset : { Le châtiment de ton Seigneur surviendra inévitablement } [Sourate 52, verset 7]
Il pleura alors intensément au point de tomber malade et que les gens lui rendent visite. [Az-Zuhd li Abî Dâwud (46)]

Il dit à son fils, lors de son agonie :  » Malheur à toi ! Mets ma joue au sol, afin qu’Il me fasse, peut-être, miséricorde. » par trois fois, puis rendit l’âme. [Az-Zuhd li Abî Dâwud (46)]

Parfois, lors de sa récitation de nuit, il récitait un verset qui l’effrayait, et restait ensuite plusieurs jours chez lui, et les gens lui rendaient visite, pensant qu’il était malade. [Az-Zuhd (627)]

Sur son visage on pouvait distinguer deux sillons noirs causés par les larmes. [Az-Zuhd (636)]

Ibn ‘Abbâs رضي الله عنهما lui dit : « A travers toi, Allah a fait bâtir des villes, accordé des conquêtes et ceci, et cela. » Il répondit : « J’aurais aimé parvenir au salut, sans récompense ni péché. » [Az-Zuhd (697)]

On rapporte que lorsque ‘Uthmân Ibn ‘Affân رضي الله عنه se tenait devant une tombe, il pleurait jusqu’à ce que sa barbe ruisselle de larmes. [At-Tirmidhî (2308)]

Il dit : « Si j’étais entre le Paradis et l’Enfer, sans savoir savoir où on ordonnera de me faire entrer, je choisirais d’être une braise, avant de savoir vers lequel des deux je me dirige. » [Az-Zuhd (685)]

De même, ‘Alî Ibn Abî Tâlib était connu pour ses pleurs et sa crainte; et les deux choses qu’il craignait plus encore étaient les fausses espérances et le suivi des passions. Il dit : « Les fausses espérances font oublier l’au-delà, et le suivi des passions empêche de parvenir à la vérité. Ce bas-monde s’en va, l’au-delà arrive, et tous deux ont des enfants, alors soyez des enfants de l’au-delà et ne soyez pas des enfants de ce bas-monde. Aujourd’hui on peut œuvrer sans jugement, alors que demain viendra le jugement sans qu’on ne puisse plus œuvrer. «  [Az-Zuhd (692)]

Abû Ad-Dardâ رضي الله عنه disait : « Ce que je crains le plus pour ma personne au Jour de la Résurrection et qu’on me dise : Ô Abû Ad-Dardâ ! Tu as su, mais qu’as-tu accompli de ce que tu as su ? » [Az-Zuhd (730)]

Il disait également : « Si vous saviez ce que vous rencontrerez après la mort, vous ne mangeriez rien avec désir, vous ne boiriez rien avec désir, vous n’entreriez dans aucune demeure pour vous y abriter du soleil, mais vous vous rendriez dans le désert en frappant vos poitrines, et vous pleureriez sur votre sort. J’aurais aimé être un arbre que l’on taille puis que l’on mange. » [Az-Zuhd (730)]

Le dessous de l’œil de Ibn ‘Abbâs était semblable à un lacet pendant, et ce en raison des larmes. [Az-Zuhd (783)]

Abu Dharr disait : « Si seulement j’avais été un arbre que l’on taille, j’aurais aimé n’avoir jamais été créé. » [Az-Zuhd (787)]

On lui présenta une aumône, et il dit : « Nous avons une chèvre dont nous tirons du lait, des ânesses sur lesquelles nous transportons, un esclave affranchi à notre service, et une tunique supplémentaire, et je crains le jugement pour cela. » [Az-Zuhd (786)]

Une nuit, Tamîm Ad-Dârî récita sourate Al-Jâthiyah, et lorsqu’il parvint à ce verset : { Ceux qui commettent de mauvaises actions pensent-ils que nous allons les traiter comme ceux qui croient et accomplissent de bonnes œuvres ? } [Sourate 45, Verset 21]
Il se mit à le répéter et pleurer jusqu’au matin. [Az-Zuhd li Abî Dâwud (394)]

Abû ‘Ubaydah ‘Âmir Ibn Al-Jarrâh a dit : « J’aurais aimé être un bélier que ma famille sacrifie, qu’ils mangent ma chaire, et boivent mon bouillon. » [Az-Zuhd (1025)]

C’est là un chapitre qu’il serait long de mentionner de manière exhaustive. Al-Bukhârî a intitulé un chapitre de son Sahîh : « La crainte du croyant de réduire à néant ses œuvres qu’il ne s’en aperçoive. »

Ibrâhîm At-Taymî a dit : « Je n’ai jamais rapporté mes actes à mes paroles sans penser être menteur. » [Sifah As-Safwah (2/673)]

Ibn Abî Malîkah rapporte : « J’ai rencontré trente Compagnons du Prophète صلى الله عليه و سلم, et tous craignaient l’hypocrisie pour eux-même, aucun d’eu ne disait qu’il avait la foi de Jibrîl ou Mikâîl. » [Jâmi’ Al-‘Ulûm wa-l-Hikam (407)]

On rapporte que Al-Hasan a dit : « Seul un croyant Le craint, et seul un hypocrite peut s’en croire à l’abri. »

‘Umar Ibn Al-Khattâb demanda à Hudhayfah : « Je t’implore par Allah, le Messager d’allah صلى الله عليه و سلم m’a-t-il mentionné – c’est-à-dire parmi les hypocrites ? » Il répondit : « Non, et je ne témoignerai pour personne après toi. » [Majma’ Az-Zawâîd (3/42)]

J’ai entendu notre enseignant [Ibn Taymiyyah] dire : « Ce qu’il veut signifier n’est pas : je n’innocente personne de l’hypocrisie en dehors de toi, mais je ne m’ouvre pas cette porte, et qu’ainsi je témoigne en faveur de toute personne qui me demande si le Messager d’Allah صلى الله عليه و سلم l’a mentionnée. »

En un sens proche , on trouve la parole du Prophète صلى الله عليه و سلم adressée à celui qui lui demanda qu’il invoque afin qu’il soit parmi les soixante-dix milles qui entreront au Paradis sans jugement, lorsqu’il lui dit : « ‘Ukâshah t’a devancé en cela. » Il ne voulait pas signifier que seul ‘Ukâshah le méritait parmi les Compagnons, mais s’il avait invoqué en sa faveur, un autre l’aurait demandé, puis un autre, cette porte aurait été ouverte, et il est possible qu’une personne ne méritant pas d’en être le demande, il convenait donc de s’en abstenir, et Allah est plus savant.

Source : « Péchés et Guérison » de Ibn Al-Qayyim, éditions Tawbah.

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