« Que mon chagrin est grand pour Yoûssouf ! » – Récitation poignante et Tafsîr de la Sourate Yoûssouf, versets 83 à 87

 

{Ya’qoûb leur dit : « Ce sont plutôt vos âmes qui vous ont inspiré [d’entreprendre] quelque chose. Il me faut faire preuve d’une belle patience. Il se peut qu’Allah me les ramène tous. Car c’est Lui l’Omniscient, Le Sage. »}

Tafsîr :

Lorsque les frères de Yoûssouf revinrent auprès de leur père et qu’ils l’informèrent de la nouvelle [concernant Benyâmîn], c’est alors que son chagrin s’intensifia et sa peine ne fit que grandir. Il les accusa une nouvelle fois, comme il le fit pour la disparition de Yoûssouf en disant : {Ce sont plutôt vos âmes qui vous ont inspiré [d’entreprendre] quelque chose. Il me faut faire preuve d’une belle patience.}

Ya’qoûb se réfugia donc dans la belle patience, celle qui n’est accompagnée d’aucune colère, d’aucune amertume et d’aucune plainte auprès de la créature. Mais quand il vit que la situation empira et que sa détresse devint sévère, il chercha alors l’issue en disant : {Il se peut qu’Allah me les ramène tous.} C’est-à-dire Yoûssouf, Benyâmîn et leur grand frère qui est resté en Égypte.

{Car c’est Lui l’Omniscient,} qui connaît mon état, qui connaît mon besoin d’être soulagé, mon besoin d’obtenir Ses faveurs, et qui connaît mon besoin désespéré de Sa bonté à mon égard.

Et c’est Lui {Le Sage} qui plaça pour toute chose une juste mesure et un terme fixé selon Sa Sagesse divine.

 

{Puis il se détourna d’eux et s’écria : « Que mon chagrin est grand pour Yoûssouf ! » De tristesse, il perdit la vue. Et il était accablé.}

Tafsîr :

Ya’qoûb عليه السلام se détourna de ses enfants après qu’ils l’eurent informé de la nouvelle. Son chagrin et sa blessure s’intensifièrent, et ses yeux devinrent blancs à cause de la tristesse et de la souffrance que renfermait son cœur et qui provoquèrent ces nombreux pleurs.

{Et il était accablé.} Le cœur rempli d’une tristesse intense et il s’écria : {« Que mon chagrin est grand pour Yoûssouf ! »} L’ancienne affliction [celle de la perte de Yoûssouf] et le manque permanent [qu’il ressentait] et qu’il avait enfoui au fond de lui resurgirent à nouveau. Cette nouvelle calamité, plus légère que la première, lui rappela la disparition de Yoûssouf.

 

{[Ses fils lui] dirent : « Par Allah ! Tu ne cesseras d’évoquer Yoûssouf jusqu’à en dépérir ou en mourir. »}

Tafsîr :

Ses fils, étonnés de son état s’exclamèrent : {« Par Allah ! Tu ne cesseras d’évoquer Yoûssouf} tu ne cesseras de l’évoquer à chaque moment {jusqu’à en dépérir} où tu n’auras plus de force et que tu seras incapable de parler {ou en mourir}. Tu n’arrêteras donc jamais de l’évoquer.

 

{Il leur répondit : « Je ne me plains de mon déchirement et de mon chagrin qu’auprès d’Allah, et je sais d’Allah ce que vous ne savez pas.}

Tafsîr :

Ya’qoûb leur répondit : {« Je ne me plains de mon déchirement} à travers mes mots {et de mon chagrin} qui se trouve dans mon cœur {qu’auprès d’Allah} Seul, non pas auprès de vous, ni de personne d’autre. Dites ce que vous voulez {et je sais d’Allah ce que vous ne savez pas.} Sur le fait qu’Il me les ramènera et qu’Il apaisera mes yeux en nous réunissant tous.

 

{Mes enfants ! Partez vous enquérir de Yoûssouf et de son frère. Et ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah, car seuls les mécréants désespèrent de la miséricorde d’Allah.} [S.12, v.83-87

Tafsîr :

Ya’qoûb عليه السلام dit à ses fils : {Mes enfants ! Partez vous enquérir de Yoûssouf et de son frère.} Veillez à cela et fournissez les efforts nécessaires pour les retrouver. {Et ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah} car l’espoir pousse le serviteur à œuvrer et à faire les efforts nécessaires pour atteindre ce qu’il espère. Tandis que le désespoir le pousse à l’engourdissement et la paresse. Quant à ce que les serviteurs doivent espérer en premier lieu c’est la grâce d’Allah, Sa bonté et Sa miséricorde {car seuls les mécréants désespèrent de la miséricorde d’Allah.} De par leur mécréance, ils pensent peu probable qu’Allah leur fasse miséricorde, et que Sa miséricorde se trouve loin d’eux. Ne soyez donc pas comme les mécréants.

Source : Traduit et monté par le Cœur des Croyants

L’obligation de craindre Allah

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La crainte d’Allah عز و جل est l’une des plus importantes et principales obligations en religion, vu les effets considérables qu’elle engendre.

Ibn Al-Qayyim رحمه الله a dit: « Le rang de la crainte est l’une des stations du cheminement les plus élevées et les plus bénéfiques pour le cœur d’ailleurs, c’est une obligation qui incombe à tout un chacun ». [Madârij As-Sâlikîn, t.1, p.511]

Ibnou Al-Wazîr رحمه الله a dit: « Il n’y a aucun moyen de parvenir à l’assurance tandis que la crainte est la devise des vertueux. » 

Plusieurs preuves du Coran et de la Sounnah prouve l’obligation de la crainte, dont :

Allah عز و جل a commandé de le craindre dans le verset suivant : {Et c’est Moi que vous devez redouter} [Sourate 2, verset 40]

Allah عز و جل ordonne de Le redouter. Or, l’ordre implique une obligation à observer. Le Très Haut dit aussi : {Ne craignez donc pas les gens, mais craignez Moi.} [Sourate 5, verset 4].

As Sa’dî رحمه الله a dit : « Allah a donné l’ordre de Le craindre. Or, la crainte est à la tête de tout bien. Celui qui ne craint pas Allah ne cessera guère de Lui désobéir et d’enfreindre Son ordre ». 

Allah عز و جل a fait de la crainte une des conditions de la foi : {C’est le Diable qui vous fait peur de ses adhérents. N’ayez donc pas peur d’eux. Mais ayez peur de Moi si vous êtes croyants.} [Sourate 3, verset 175].

Dans l’exégèse de ce verset, As-Sa’dî رحمه الله a dit : « Ce verset indique que craindre exclusivement Allah est une obligation, que c’est l’une des implications de la foi, et que le serviteur craint Allah à la mesure de sa foi ». [Taysîr Al-Karîm Ar-Rahmân, t.1, p.157]

Allah a qualifié la mission des Envoyés d’avertissement et de mise en garde. Dans la langue arabe, avertir signifie informer d’une chose redoutable. Ar-Râghib Al-Asfahânî a dit : « De même que l’avertissement est une information générant la crainte, la bonne annonce est une information apportant la joie. » [Al-Moufradât, racine : n-dh-r]

[…]

Par ailleurs, Allah dit : {Et dis : « Je suis l’avertisseur évident (d’un châtiment) ».} [Sourate 15, verset 89] {Fuyez donc vers Allah. Moi je suis pour vous, de Sa part, un avertisseur explicite.} [Sourate 51, verset 50]

Aussi, l’avertissement était l’un des premiers ordre d’Allah à Son Messager صلى الله عليه و سلم : {Ô toi le revêtu d’un manteau! Lève toi et avertis !} [Sourate 74, verset 1 et 2]

Dans l’exégèse de ce verset, Al-Qourtoubî رحمه  الله a dit : « C’est-à-dire: provoque la crainte chez les Mecquois et mets les en garde contre le châtiment s’ils ne se convertissent pas à l’islam. »

Selon Aboû Moûsâ رضي الله عنه, le Messager d’Allah صلى الله عليه سلم a dit : « Le message avec lequel Allah m’a envoyé et moi même sommes comme un homme qui vient voir un groupe de gens et leur dit : « J’ai vu les forces ennemies de mes propres yeux et je suis pour vous l’avertisseur nu. Alors sauvez vous! Sauvez vous ! » Un groupe parmi les gens décide de lui obéir, sort, en pleine nuit et marche paisiblement; il est sauvé. Mais un autre groupe le traite de menteur et demeure immobile, et au matin, l’armée vient l’attaquer et le massacrer. » [Al-Boukhârî n°6482, Mousilm n°2283]

L’expression « avertisseur nu » trouve sont origine dans l’histoire d’un homme qui croisa une armée qui le dévalisa et le captura. Ensuite il s’en retourna voir son peuple et leur dit : « J’ai vu les force ennemies, elles m’ont dévalisé. » Constatant qu’il était nu, ils le crurent, parce qu’ils le connaissaient, ne remettaient point en doute sa sincérité et savaient qu’il  n’avait pas l’habitude de déambuler nu. Ils tranchèrent en faveur de sa sincérité au vu des toutes ces circonstances.

Ainsi, lorsqu’un homme parmi les Arabes se trouvant hors de sa tribu apercevait une force ennemie s’approchant de celle-ci, à son insu, il venait en courant et se déshabillait en poussant des cris pour leur montrer la gravité de la calamité qui s’apprête à les frapper et l’imminence du danger qui les menace. C’est la plus haute forme d’avertissement chez les arabes.

Le prophète صلى الله عليه و سلم employa cette image dans le discours qu’il leur lança et s’adressa à eux par ce qui leur est familier pour leur montrer la gravité du message qui leur a apporté. [Fath Al-Bârî, t.11, p.317]

Allah a cité le châtiment pour que les serviteurs le craignent. Le Très Haut dit : {Au dessus d’eux ils auront des couches de feu et des couches au dessous d’eux. Voilà ce dont Allah menace Ses esclaves. « Ô Mes esclaves, craignez Moi donc. »} [Sourate 39, verset 16]

Dans son commentaire de ce verset, Ibn Al-Kathîr رحمه الله  a dit : « {ce dont Allah menace Ses esclaves} : Allah n’a raconté cette chose qui arrivera sans nul doute que pour susciter la crainte chez Ses serviteurs. Autrement dit, pour qu’ils se dissuadent de transgresser les interdits et de commettre les péchés. Sa parole :{Ô Mes esclaves, craignez Moi donc!} signifie : craignez Ma rigueur, Ma puissance, Mon châtiment et Ma fureur. » [Tafsîr Ibn Al-Khathîr, t.4, p.63]

Source : « La crainte » du Chaykh Mouhammad Al-Mounajjid, éditions Al-Hadîth