La véritable science

Elle concerne les cœurs ; et nos pieux prédécesseurs ont bien compris sa nécessité sur l’ensemble des autres sciences. Abou Hâmid رحمه الله a dit : « Cette science est une obligation pour chaque individu (Fard ‘ayn) selon les fatawa des savants de l’au-delà. ;[1] » 

‘Amr Ibn Qays Al-Moulâî a dit : « Un discours par lequel j’adoucis mon cœur et qui me permet d’atteindre mon Seigneur m’est préférable à cinquante affaires de Chouraych[2]. » 

De même, il a été dit à l’Imam Ahmad رحمه الله : « Qui demandons-nous [pour la science] après toi ? » – « Abd Al-Wahhâb Al-Warrâq. » répondit-il. On lui rétorqua : « Mais il ne possède pas une vaste science. » À cela il dit : « En vérité, il est un homme vertueux. Celui qui restera auprès de lui atteindra la vérité très certainement » 

Il fût aussi questionné au sujet de Ma’roûf Al-Karkhî, il dit : « Il possédait le fondement de la science, à savoir la crainte d’Allah. » 

On questionna Al-Hasan dans une affaire à laquelle il répondit. On lui dit ensuite : « Certes, nos érudits ne disent pas cela. » C’est alors qu’il s’exclama : « Et as-tu déjà vu un érudit ?! Un érudit est celui qui se lève la nuit, jeûne la journée et fait preuve d’ascétisme ici-bas. » 

Selon Layth[3] qui dit : « J’ai questionné Ach-Cha’bî[4] mais il me questionna à son tour, je m’exclamai : « Ô vous les savants ! Ô vous les érudits ! Vous rapportez de nous vos ahâdîth puis vous nous questionnez ?! Ach-cha’bî dit alors : « Ô vous les savants ! Ô vous les érudits ! Nous ne sommes en rien des érudits, ni des hommes de science. Mais nous sommes des gens qui avons entendu un hadîth et nous vous transmettons ce que nous avons entendu. L’érudit est en réalité celui qui s’écarte scrupuleusement des interdits d’Allah, et le savant est celui qui craint Allah. » 

On ne parvient pas à Allah, ni à la demeure dernière, par la grande quantité de science et de chaîne de rapporteurs ; mais on y accède à travers le fruit de la science et la guidée. Et quelle serait la valeur de la science si elle ne te pousse pas à œuvrer avec ?! N’est-elle pas alors un argument contre toi, une preuve de ta culpabilité et un signe que tu te moques de ton Seigneur ?! Voilà pourquoi la voie de nos pieux prédécesseurs était de préparer correctement le cœur avant de pouvoir y semer la science.

Soufiâne Ath-Thawrî رحمه الله a dit : « L’homme ne demandait pas la science du hadîth tant qu’il ne s’était pas adonné aux adorations durant 20 ans. » 

« Ô toi qui t‘es écarté de ses nobles caractères, 

Ce n’est pas avec la quantité de connaissance que l’on s’enorgueillit.

Celui dont la science ne le réforme pas,

Nen tirera aucun bénéfice dans l’Au-Delà. »

Les trompeurs :

Si le cœur de l’homme de science tombe malade, il utilisera son savoir dans des ruses pensant que cela l’affranchira des jugements religieux et des conséquences de l’injustice. Comme si Allah ne l’observait pas…

Hélas, ce genre de ruses s’est propagé lorsque la foi que les poitrines récèlent s’est affaiblie, et que les règles religieuses sont devenues lourdes pour les gens. Ibn Al-Qayyim dédia même plusieurs chapitres dans son livre « Ighâthah Al-Lahfân«  sur les ruses et leurs différentes catégories. Écoute celle rapportée par Aboû Hâmid Al-Ghazâlî :

« Il a été dit qu’Aboû Yoûsouf Al-Qâdî donna de son argent à son épouse juste avant qu’il n’atteigne une année hégirienne (Al-Hawl) pour ne pas sortir sa zakât[5]. Puis il redemanda à sa femme cet argent. Cette histoire fût racontée à Aboû Hanîfah رحمه الله qui s’exclama : « Ceci démontre la compréhension qu’il détient. » Et il a dit vrai ! Ceci témoigne une compréhension mondaine ; mais son méfait le Jour Dernier sera bien plus grave que n’importe quel autre péché. Ainsi, une telle chose est un savoir préjudiciable. » 

Ô toi qui étudies une science religieuse parmi les autres, voilà pourquoi il t’incombe de la relire avec une âme nouvelle et un cœur nouveau comme s’il était né aujourd’hui et qu’aucun péché ne l’avait encore souillé.

Prend comme exemple la biographie du Prophète صلى الله عليه وسلم, que le professeur Al-Bahyî Al-Khawlî te recommande de lire d’une manière nouvelle en utilisant en premier lieu ton cœur avant tes yeux, mais aussi avec ton âme et tes sentiments accompagnés de ta raison. Et il t’indique la manière de procéder en disant :

« Accompagne (avec ton cœur et tes sentiments) notre maître, le Messager d’Allah صلى الله عليه وسلم, durant toute sa noble vie. Tu prendras place dans son assemblée lorsqu’il s’asseyait ; tu monteras avec lui à cheval lorsqu’il grimpait sa monture ; tu seras en sa compagnie lorsqu’il marchait ; tu écouteras la puissance de ses exhortations. La douceur de la conversation qu’il entretenait avec son Seigneur durant la nuit ou lors de ses retraites la journée pénétrera ton cœur ; tu ressentiras ses émotions صلوات الله عليه jusqu’à ressentir ce qu’il éprouva dans son immense cœur lorsqu’il se mit en colère, tu ressentiras la clémence et l’indulgence dont il faisait preuve lorsqu’il rendait les choses faciles avec un visage souriant. Tu intègreras les rangs de ceux qui ont cru en lui ; tu seras avec eux lorsqu’ils subiront des supplices, et tu ressentiras la douleur qu’ils ont ressentis. Tu émigreras comme ils le firent ; tu émigreras en leur compagnie avec ton cœur, ton imagination et tes émotions jusqu’en Abyssinie ou toute autre contrée. Lorsque le jihâd sera légiféré à Médine tu te placeras sous son étendard triomphant ; tu le verras du haut de sa monture assis sur sa selle, revêtu d’une cuirasse de combat, son épée dégainée et sa lance saisie. Il est un valeureux combattant sur le champ de bataille à la tête de braves soldats ; ses nobles yeux apparaissent nettement de son casque صلى الله عليه وسلم. Ainsi, il n’y a pas de sommet, ni de vallée et ni d’ennemi qu’il atteint sans que tu sois à ses côtés prêt à frapper s’il frappe, à avancer s’il l’ordonne, à lui donner ce que tu possèdes et à le protéger corps et âme avec ce qui t’est le plus précieux par amour pour lui. » 

[1] Ici, Al-Ghazâlî visait par « les savants de l’au-delà » les savants soufis. Et même si ces derniers prêtaient attention à la science du cœur, les savants de la sounnah y prêtèrent également une attention particulière en évoquant cela dans leurs ouvrages (comme le livre : « Kitâb Ar-Raqâiq »). Ainsi, les gens de la sounnah sont dans le juste milieu entre ceux qui ont exagéré en ne prêtant attention qu’à l’au-delà et ceux qui ne prêtent attention qu’à cette vie d’ici-bas. Ainsi, cette parole est d’autant plus valable concernant les savant de la sounnah. (Note du traducteur)
[2]Il était un éminent juriste du premier siècle hégirien. (Note du traducteur)
[3]Il était un grand jurisconsulte (Faqîh) (Note du traducteur)
[4]Faqîh et Mouhaddith parmi les Tâbi’în, il est né sous le califat de ‘Oumar Ibn Al-Khattâb. (Note du traducteur)
[5]En Islam, la zakât Al-Mâl doit être prélevée dès que l’argent aura atteint le nisâb et qu’il aura été épargné une année complète (Al-Hawl). (Note du traducteur)

Source original : http://www.kalemtayeb.com/ (Traduction par Le Cœur des Croyants)

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Sourate Al-Baqarah [La Vache] (v.124-141) – L’érudit et grand savant chaykh ‘Abd Ar-Rahmân Al-Barrâk حفظه الله

Récitation apaisante de l’érudit et grand savant, chaykh ‘Abd Ar-Rahmân Al-Barrâk حفظه الله تعالى le 27 Ramadan de l’année 1436 hégirienne.

Le récit d’Anselm Turmeda, ancien prêtre et érudit chrétien espagnol

Plaques-Anselm-Turmeda-Kassus1

Anselm Turmeda, le fidèle étudiant d’un érudit chrétien renommé

de l’ancienne Andalousie, participe à une discussion au sujet du Paraclet,

un prophète à venir mentionné dans la Bible, et devient musulman.

De nombreux chrétiens ont embrassé l’islam à l’époque des conquêtes islamiques et dans les années qui ont suivi, après la mort du prophète de l’islam. Jamais ils ne se sont convertis par la force, mais plutôt parce qu’ils avaient reconnu dans l’islam ce qu’ils avaient longtemps attendu. Anselm Turmeda [1], un prêtre et érudit chrétien, est l’une de ces personnes dont l’histoire vaut la peine d’être racontée. Il a écrit un livre bien connu intitulé « Cadeau pour l’intelligent : un guide servant à réfuter les arguments des chrétiens ». [2] Dans l’introduction [3] de cet ouvrage, il raconte son histoire :

« Sachez que je suis originaire de Majorque, une belle ville en bord de mer sise entre deux montagnes et séparée par une petite vallée. C’est une ville commerçante, qui compte deux ports. De grands navires marchands y jettent l’ancre, apportant diverses marchandises. La ville est située sur l’île qui porte son nom – Majorque – et l’on y retrouve de très nombreux figuiers et oliviers. Mon père était un homme très respecté, dans cette ville, et j’étais son fils unique.Quand j’avais six ans, mon père m’envoya chez un prêtre qui m’enseigna l’Évangile et la logique; cette instruction s’étala sur six années. Par la suite, je quittai Majorque et me rendis dans la ville de Larda, dans la région de Castille, qui était le centre d’enseignement chrétien de la région, à l’époque. Entre mille et mille cinq cents étudiants y étaient réunis. J’y étudiai l’Évangile dans sa langue d’origine durant quatre autres années. Puis, je partis pour Bologne. Bologne est une très grande ville et chaque année, près de deux milles étudiants s’y rassemblaient, venant de plusieurs endroits différents. Ils étaient vêtus de tissus rêches qu’ils appelaient la « clameur de Dieu ». Chacun d’entre eux, fut-il le fils d’un ouvrier ou le fils d’un juge, était enveloppé de ce vêtement afin de se distinguer, en tant qu’étudiant. Seuls les prêtres enseignaient, et ils avaient le plein contrôle sur les étudiants. J’habitais dans l’église avec un prêtre assez âgé. Vu son érudition, sa piété et son ascétisme qui le distinguaient des autres prêtres, il était très respecté. Des gens de partout venaient lui poser des questions ou lui demander conseil, même des dirigeants et des rois qui, par la même occasion, lui apportaient des cadeaux de toutes sortes dans l’espoir qu’il les accepterait et leur accorderait sa bénédiction. Ce prêtre m’enseigna les principes et les règles du christianisme. Je devins très proche de lui ; j’étais à son service et l’assistais dans ses tâches. Je devins l’un de ses assistants à qui il accordait le plus sa confiance, au point où il me confia les clefs de ses appartements et des réserves de nourriture et de boisson. La seule clef qu’il ne partageait pas avec moi était celle de la petite chambre où il dormait. Je crois, mais Dieu sait mieux, qu’il gardait là ses trésors personnels.

Durant dix années, je fus à la fois son étudiant et serviteur ; puis, il tomba malade, au point de n’être plus en mesure d’assister aux réunions avec les autres prêtres. Durant son absence, les prêtres discutèrent de divers sujets et, un jour, ils abordèrent celui des paroles suivantes, que Dieu a transmises aux hommes par l’intermédiaire de Jésus, dans l’Évangile : « Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur [Paraclet]… » (Jean 14 :16). Ils débattirent longuement sur ce Paraclet et sur la personne à laquelle il faisait référence parmi les prophètes.  Lire la suite