Il est la demeure de la foi et de la piété

Houdhayfah Ibn Al-Yamân  رضي الله عنه, l’expert des cœurs et gardien du secret confié par le Prophète ﷺ, a dit : «  Le Prophète nous a relaté deux événements ; j’ai vu le premier se réaliser, quant au second, j’attends qu’il se produise. Il nous a raconté que le dépôt (Al-Amânah) s’était enraciné dans le cœur des hommes, puis ils apprirent le Coran ainsi que la Sounnah. Ensuite, il nous informa de la manière dont le dépôt sera retiré en disant : « L’homme s’endormira un moment et le dépôt lui sera retiré de son cœur […] » 

Le « dépôt » (Al-Amânah) évoqué dans le hadîth correspond au même terme mentionné dans la parole du Très-Haut : (Nous avions proposé aux cieux, à la terre et aux montagnes le dépôt (Al-Amânah). Tous ont refusé de le porter et en furent effrayés. L’homme s’en est alors chargé, par injustice envers lui-même et par ignorance.) [Sourate Al-Ahzâb, v.72]  

Ici, le dépôt désigne la Foi.

Dans ce hadîth, le Prophète ﷺ nous informe que la Foi est la première chose qui fut déposée dans le cœur ; et cela fait référence à la saine nature sur laquelle naît le serviteur. Après quoi, cette Foi augmente par ce qu’elle acquiert à travers l’apprentissage du Coran et de la Tradition Prophétique (Sounnah). Et ce qui nous montre l’importance du dépôt (la Foi), c’est que lorsqu’il s’établit fermement dans le cœur du serviteur, celui-ci accomplit ce qu’on lui a ordonné et s’écarte de ce qui lui a été interdit, en toute conformité et soumission.

Quant au second événement [évoqué] dans le hadîth, le Prophète ﷺ a indiqué que la Foi est la première chose qui sera retirée du cœur.

Ainsi, l’augmentation de la Foi et sa diminution émanent du cœur : c’est de lui que jaillit le bien et que naît le mal.

Et si le cœur n’avait pour seule vertu que le fait d’être le réceptacle de la Foi, cela lui suffirait amplement. Mais il est également le réceptacle de la piété (At-Taqwâ). En effet, le Prophète ﷺ a dit : «  La piété se loge ici  », en désignant sa poitrine afin de signaler que son siège est le cœur, et lui seul.

Par conséquent, la piété ne se résume pas à une voix empreinte d’humilité, à des pleurs, ou encore au fait d’allonger la prosternation, ni à toute autre apparence dénuée de spiritualité et d’humilité. Elle est plutôt un secret intime déposé dans le cœur, dont Seul Allah a connaissance.

Source original : http://www.kalemtayeb.com/ (Traduction par Le Cœur des Croyants)

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Certes, il est le roi

Le cœur est l’émir du corps et le souverain des membres ; il est leur unique berger et leur leader.
Les membres et les sens sont ses disciples, ils n’extériorisent que ce qu’on leur ordonne.
Ainsi, tous les actes qui en découlent résultent du décret du cœur qui utilise les membres uniquement selon ce qu’il désire ; ils sont à sa merci. 

C’est du cœur que s’acquiert la droiture ou l’égarement. 

D’ailleurs, il existe entre lui et les membres une relation étonnante et une étrange similitude, car chacun impacte sur l’autre[1].

Dès lors, si le regard dévie, c’est qu’il en a reçu l’ordre ; si la langue ment, c’est parce qu’elle n’est qu’une esclave soumise [au cœur] ; et si le pied marche vers l’illicite, c’est que le cœur s’y est déplacé en premier. C’est pour cette raison que le Prophète ﷺ a dit, au sujet de celui qui prie de manière distraite : « Si le cœur de celui-ci avait été humble et concentré, alors ses membres l’auraient été également. »[2] Et il dit à celui qui dirige la prière [commune] de dire aux fidèles : « Alignez-vous et ne déviez-pas [de vos rangs] de crainte que vos cœurs ne divergent. »[3]
Les actes des membres sont donc le fruit des actes du cœur.

En résumé : Le cœur est la première et la dernière ligne défensive ; ainsi, s’il faiblit, se corrompt ou capitule, les membres s’écrouleront.

Et inversement, si le serviteur évoque son Seigneur c’est parce que le cœur L’a évoqué ; s’il laisse sa main s’adonner à l’aumône, c’est parce que le cœur lui a permis cela ; et si l’œil verse des larmes, c’est que le cœur lui en a donné l’ordre. De ce fait, c’est lui qui dicte à la langue ce qu’elle doit prononcer, à la main ce qu’elle doit écrire et aux pieds où se déplacer.

Le Prophète ﷺ connaissait évidemment le droit du cœur et le rang qu’il occupe. Il alla même le décrire comme « un morceau de chair qui, s’il est bon, alors tout le corps le sera. »[4]. C’est la première chose vers laquelle il nous a orientés afin que nous l’éduquions, lui accordions une attention particulière et le purifiions.

Par conséquent, tous les actes reviennent au cœur et émanent de lui. Et par « tous les actes », on entend tous les faits et gestes que l’on accomplit, tels que le vêtement que l’on revêt ou le corps que l’on embellit. Et c’est ce qu’a compris le noble compagnon ‘Abd Allah Ibn Mas’oûd  رضي الله عنه, à qui on accorda la compréhension du Coran, en disant : « Les apparences ne se ressemblent que si les cœurs se ressemblent. » 

Il est l’objectif premier du bien-aimé ﷺ :

La mère des croyants, ‘Âicha رضي الله عنها , a dit : « Parmi les premiers passages du Coran à avoir été révélés figure une sourate parmi les sourates moufassal, dans laquelle il est question du Paradis et de l’Enfer. Puis, lorsque les gens revinrent à l’islam, le licite et l’illicite furent révélés. Si, dès le début, Allah avait révélé : « Ne buvez plus d’alcool », ils auraient dit : « Nous ne le délaisserons jamais ! ». Et s’Il avait révélé : « Ne commettez pas l’adultère », ils auraient dit : « Nous ne le délaisserons jamais ! » »

Allah interdit l’alcool lors de la 2ème année de l’hégire, soit 15 ans après le début de la prophétie, et Il rendit obligatoire l’aumône également cette même année. De même, Il prescrivit le voile légiféré lors de la 6ème année de l’hégire, soit 19 ans après le début de la prophétie.
Tout cela sont des commandements [divins] dont la révélation fut retardée jusqu’à ce que les cœurs se soient purifiés, adoucis et que la vérité s’y soit fermement ancrée, et soit sans équivoque.

Afin de montrer la noblesse du cœur, Allah en a fait un moyen par lequel [le serviteur] connaît son Seigneur et est guidé vers Lui. Mais si Allah se met en colère contre un serviteur, le pire des châtiments qu’Il puisse lui infliger est de faire obstacle entre lui et son cœur, en lui interdisant de Le connaître et de se rapprocher de Lui.

Voilà donc la raison pour laquelle prêter une attention particulière au cœur, c’est prêter une attention à ce qui est le plus important plutôt qu’à ce qui l’est moins, et se préoccuper de la base avant ce qui est secondaire.

[1]Même si l’impact du cœur sur les membres est plus fort (Note du traducteur)
[2] Jugé très faible par chaykh Al-Albânî
[3] Sahîh Mouslim, n°432
[4] Sahîh Al-Boukhârî, n°52

Source originale : http://www.kalemtayeb.com/ (Traduction : Le Cœur des Croyants)

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« Expose ta personne au Livre d’Allah et tu sauras ce que tu as auprès d’Allah »

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Soulaymân Ibn ‘Abd Al-Malik (1) arriva à Médine pour y passer trois jours. Il demanda : « Est-il ici un homme parmi ceux qui ont connu les compagnons du messager d’Allah qui puisse nous parler ? » On lui répondit qu’il y avait un homme du nom de Aboû Hâzim, il le fit mander, il se présenta.

Soulaymân lui dit :« Oh Aboû Hâzim ! Que signifie cette hostilité ?Quelle hostilité as-tu vu chez moi ?Tous les notables de Médine sont venus me voir et tu n’es pas venu ?Nous ne nous connaissions pas pour que je vienne te voir.

Le Chaykh dit vrai. Oh Aboû Hâzim ! Pourquoi répugnons nous la mort ?Parce-que vous avez bâti votre bas monde et détruit votre vie future. Vous répugnez donc de passer de la bâtisse à la ruine. Tu as dit vrai oh Aboû Hâzim ! Comment se présente-t-on devant Allah ? Le bienfaisant est semblable à l’absent qui rentre chez lui joyeux et content ; et le malfaisant à l’esclave en fuite qui revient auprès de son maître apeuré et triste. » Soulayman pleura et dit : « Malheur à moi, qu’avons nous auprès d’Allah, Aboû Hâzim ?Expose ta personne au Livre d’Allah et tu sauras ce que tu as auprès d’Allah.Oh Aboû Hâzim ! Comment parvenir à cette connaissance dans le livre d’Allah ? A sa parole : {Les pieux seront dans des délices, et les dépravés dans la Géhenne}. Oh Aboû Hâzim ! Où est la miséricorde d’Allah ?Dans Sa parole : {la miséricorde d’Allah est proche des bienfaisants}.

Oh Aboû Hâzim ! Qui est le plus raisonnable des hommes ?Celui qui apprend la sagesse et l’enseigne aux gens.Qui est le plus sot des hommes ?Celui qui place son âme au service d’un homme injuste et troque ainsi sa vie future contre le bas monde d’autrui.Oh Aboû Hâzim ! Quelle est l’invocation la plus entendue ?L’invocation de ceux qui sont humbles devant Allah.Quelle est l’aumône la plus pure ?Celle de celui qui donne ce qui lui est difficile, alors qu’il possède peu

[…]

« Conseilles moi donc ! » Continue Soulaymân – Crains qu’Allah te vois là où il t’a interdit d’être, où qu’Il ne te trouve pas là où Il t’a commandé d’être. Oh Aboû Hâzim ! Invoques le bien en notre faveur. Oh Allah ! Si Soulaymân est Ton allié facilite lui la pratique du bien ; et s’il en est autrement, amènes le au bien !Servant ! Donnes moi cent dinars. Prends les Oh Aboû Hâzim ! Je n’en ai nul besoin. Moi et d’autres sommes égaux en cela, alors soit tu donnes à tous une aumône équivalente, soit je n’en ai aucun besoin, et je crains que cela soit en échange de ce que tu as entendu de mes propos. » Soulaymân sembla ravi par Aboû Hâzim.

(1) Il était Calife des Banî Oumayyah [Note du site Le Coeur des croyants]

Source : « L’esprit de l’âme », éditions Tawbah