Le cœur est l’émir du corps et le souverain des membres ; il est leur unique berger et leur leader.
Les membres et les sens sont ses disciples, ils n’extériorisent que ce qu’on leur ordonne.
Ainsi, tous les actes qui en découlent résultent du décret du cœur qui utilise les membres uniquement selon ce qu’il désire ; ils sont à sa merci.
C’est du cœur que s’acquiert la droiture ou l’égarement.
D’ailleurs, il existe entre lui et les membres une relation étonnante et une étrange similitude, car chacun impacte sur l’autre[1].
Dès lors, si le regard dévie, c’est qu’il en a reçu l’ordre ; si la langue ment, c’est parce qu’elle n’est qu’une esclave soumise [au cœur] ; et si le pied marche vers l’illicite, c’est que le cœur s’y est déplacé en premier. C’est pour cette raison que le Prophète ﷺ a dit, au sujet de celui qui prie de manière distraite : « Si le cœur de celui-ci avait été humble et concentré, alors ses membres l’auraient été également. »[2] Et il dit à celui qui dirige la prière [commune] de dire aux fidèles : « Alignez-vous et ne déviez-pas [de vos rangs] de crainte que vos cœurs ne divergent. »[3]
Les actes des membres sont donc le fruit des actes du cœur.
En résumé : Le cœur est la première et la dernière ligne défensive ; ainsi, s’il faiblit, se corrompt ou capitule, les membres s’écrouleront.
Et inversement, si le serviteur évoque son Seigneur c’est parce que le cœur L’a évoqué ; s’il laisse sa main s’adonner à l’aumône, c’est parce que le cœur lui a permis cela ; et si l’œil verse des larmes, c’est que le cœur lui en a donné l’ordre. De ce fait, c’est lui qui dicte à la langue ce qu’elle doit prononcer, à la main ce qu’elle doit écrire et aux pieds où se déplacer.
Le Prophète ﷺ connaissait évidemment le droit du cœur et le rang qu’il occupe. Il alla même le décrire comme « un morceau de chair qui, s’il est bon, alors tout le corps le sera. »[4]. C’est la première chose vers laquelle il nous a orientés afin que nous l’éduquions, lui accordions une attention particulière et le purifiions.
Par conséquent, tous les actes reviennent au cœur et émanent de lui. Et par « tous les actes », on entend tous les faits et gestes que l’on accomplit, tels que le vêtement que l’on revêt ou le corps que l’on embellit. Et c’est ce qu’a compris le noble compagnon ‘Abd Allah Ibn Mas’oûd رضي الله عنه, à qui on accorda la compréhension du Coran, en disant : « Les apparences ne se ressemblent que si les cœurs se ressemblent. »
Il est l’objectif premier du bien-aimé ﷺ :
La mère des croyants, ‘Âicha رضي الله عنها , a dit : « Parmi les premiers passages du Coran à avoir été révélés figure une sourate parmi les sourates moufassal, dans laquelle il est question du Paradis et de l’Enfer. Puis, lorsque les gens revinrent à l’islam, le licite et l’illicite furent révélés. Si, dès le début, Allah avait révélé : « Ne buvez plus d’alcool », ils auraient dit : « Nous ne le délaisserons jamais ! ». Et s’Il avait révélé : « Ne commettez pas l’adultère », ils auraient dit : « Nous ne le délaisserons jamais ! » »
Allah interdit l’alcool lors de la 2ème année de l’hégire, soit 15 ans après le début de la prophétie, et Il rendit obligatoire l’aumône également cette même année. De même, Il prescrivit le voile légiféré lors de la 6ème année de l’hégire, soit 19 ans après le début de la prophétie.
Tout cela sont des commandements [divins] dont la révélation fut retardée jusqu’à ce que les cœurs se soient purifiés, adoucis et que la vérité s’y soit fermement ancrée, et soit sans équivoque.
Afin de montrer la noblesse du cœur, Allah en a fait un moyen par lequel [le serviteur] connaît son Seigneur et est guidé vers Lui. Mais si Allah se met en colère contre un serviteur, le pire des châtiments qu’Il puisse lui infliger est de faire obstacle entre lui et son cœur, en lui interdisant de Le connaître et de se rapprocher de Lui.
Voilà donc la raison pour laquelle prêter une attention particulière au cœur, c’est prêter une attention à ce qui est le plus important plutôt qu’à ce qui l’est moins, et se préoccuper de la base avant ce qui est secondaire.
[1]Même si l’impact du cœur sur les membres est plus fort (Note du traducteur)
[2] Jugé très faible par chaykh Al-Albânî
[3] Sahîh Mouslim, n°432
[4] Sahîh Al-Boukhârî, n°52
Source originale : http://www.kalemtayeb.com/ (Traduction : Le Cœur des Croyants)
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