Il est l’endroit qu’Allah regarde

Il est, parmi les cœurs, celui qui ressemble à une tombe dont l’apparence est ornée et fleurie, alors que son intérieur est en décomposition et mort. Ou encore à l’image d’une demeure obscure sur le toit de laquelle se trouve une lampe éclairante, tandis que son intérieur est plongé dans les ténèbres.
D’ailleurs, le Prophète ﷺ a dit : « Certes, Allah ne regarde ni vos apparences ni vos biens, mais Il regarde plutôt vos œuvres et vos cœurs. »[1]

Assurément, voici l’éminente place qu’occupe la vie du cœur, même lorsque les ventres sont vides (pris par la faim) et les vêtements usés.
Ce hadîth met en évidence le fait que le cœur est l’endroit sur lequel se porte le regard du Seigneur.
Ainsi, il n’y a aucun bénéfice à ce que l’apparence soit bonne lorsque l’intérieur est corrompu.

Qu’il est étonnant celui dont la préoccupation [première] est son apparence et son attrait extérieur ! Tu le vois laver ses vêtements, se parfumer, nettoyer son corps et l’assainir, s’embellir autant qu’il le peut, afin que personne n’y voit le moindre défaut ; alors qu’il ne se soucie guère de ce que contient son cœur – l’endroit qu’observe Le Créateur – ni de sa purification et de son ornement, afin que son Seigneur n’y voie aucune souillure, aucun mal, et qu’aucune créature n’y prenne Sa place.

Il existe aussi une autre signification de ce hadîth qu’a évoquée Ibn Al-Jazarî رحمه الله : « Le regard, ici, renvoie à la préférence, la miséricorde et la clémence. Car le regard est, en réalité, une marque d’amour, alors que détourner le regard indique l’aversion et le rejet. »

Médite ce qui suit et saisis l’importance du cœur :

Un acte accompli peut, en apparence, relever de la désobéissance, alors que son auteur en est récompensé : comme celui qui prononce une parole de mécréance sous la contrainte, alors que son cœur demeure serein dans la foi, ou celui qui boit une boisson enivrante sans le savoir.
À l’inverse, un acte peut revêtir l’apparence de la bienfaisance alors que son auteur est voué au Feu : tel celui qui s’est fait tué sur le champ de bataille pour que les gens louent sa bravoure ; ou celui qui dépense ses richesses dans le bien afin que les gens vantent sa générosité ; ou encore celui qui récite le Coran afin d’attirer les regards…

Par conséquent,  dans toutes ces situations, le cœur est soit au banc des accusés, soit inscrit dans le conseil d’honneur.

Pêcheur et innocent !!

Médite la parole du Prophète ﷺ : « Si un péché (ou un mal) est commis sur Terre, celui qui y assiste et le réprouve est comme celui qui n’y a pas assisté ; tandis que celui qui n’y assiste pas mais l’agrée est comme s’il y avait assisté [et ne l’avait pas réprouvé]. »[2]

Gloire et pureté à Allah ! Un homme absent de la scène du crime se retrouve pourtant parmi les premiers accusés, et son nom est inscrit au rang des pêcheurs.
Et un autre, qui a directement assisté au crime et l’a vu de ses propres yeux, se voit pourtant déclaré innocent !
La cause de tout ceci réside exclusivement dans le cœur qui a été sauvé en réprouvant [le mal] ou a péché en l’agréant.

Ce hadîth contient à la fois une bonne annonce et un avertissement :

– Une bonne annonce pour celui qui est contraint d’être présent en un lieu où Allah est désobéi, sans pouvoir réprouver ce mal ni par la main ni par la parole, et n’est même pas dans la capacité de quitter cet endroit ; par conséquent, il incombe au cœur d’accomplir ce qui lui est obligatoire en s’opposant au blâmable.

– Et un avertissement pour celui dont Allah a voulu le bien, mais qui ne choisit que le mal ; celui qu’Il a voulu préserver des actes blâmables, mais qui refusa (cette préservation) pour s’y souiller ; ou encore celui qu’Allah a éloigné de l’endroit du péché, mais qui s’y rendit par son cœur et son âme ; il fut ainsi puni au même titre que celui qui l’a commis.

Tel est le cœur lorsqu’il fornique ! Oui, il fornique. Et malgré la dureté de ce terme pour l’âme, il est pourtant employé par celui qu’Allah a décrit comme étant compatissant et miséricordieux envers les croyants ﷺ. Et parmi sa miséricorde et sa bienveillance à l’égard de sa communauté le fait qu’il nous ait explicitement mis en garde contre cette fornication [du cœur] : « La fornication du cœur est le faux espoir »[3].

Le Chaykh Ahmad ‘Abd Ar-Rahmân Al-Bannâ رحمه الله a dit : « ‘’La fornication du cœur est le faux espoir’’, signifie que le cœur désire la réalisation de ce que l’âme convoite parmi les passions[4]. »

Le cœur possède, à l’instar des membres, des acquisitions (bonnes ou mauvaises) et des œuvres. Et Allah سبحانه وتعالى a informé qu’Il jugera ce qu’ont acquis les cœurs par la récompense ou le châtiment. Il dit : {Allah vous tient rigueur pour ce que vos cœurs ont voulu.} [Sourate Al-Baqarah, v.225]

Le hadîth suivant témoigne également de l’œuvre du cœur et du fait qu’Allah demandera des comptes au serviteur quant à celui-ci : « Lorsque deux musulmans s’affrontent à l’épée et que l’un tue l’autre, le tueur et le tué sont tous deux dans le Feu. Quelqu’un demanda : Ô Messager d’Allah ! Pour le tueur cela est clair, mais pourquoi le tué ? Il répondit : Car il désirait ardemment tuer son adversaire. »[5]

Par conséquent, ce musulman (le tué) entre dans le Feu en raison d’une œuvre émanant de son cœur ; il ne périt que par celle-ci.

L’apparent et le caché :

Oui, l’état du cœur est fondamental. Ainsi, si l’apparence extérieure [du corps] est conforme à l’intérieur, cela atteste de la véracité de ce qui réside dans le cœur. Mais si elle le contredit, cela prouve la fausseté de ce qui s’y trouve.

De même, la validité et l’acceptation de l’apparence auprès d’Allah dépendent du cœur. Quant aux gens, ils ne sont chargés que de considérer l’apparence [d’autrui] et de juger selon celle-ci, tandis qu’Allah se charge de ce qui est caché [dans les cœurs].

Dès lors, l’objectif des deux attestations[6] est d’adresser un message concret à l’humanité en attestant de l’Islam de celui qui les prononce, tandis qu’Allah est le Seul à être parfaitement informé de ce qui est imperceptible et enfoui dans les cœurs. En effet, les hypocrites ont prononcé les deux attestations : leur sang est devenu prohibé ici-bas, mais leur demeure finale sera le plus bas degré de l’Enfer, en raison de ce que renfermaient leurs cœurs.

Observez enfin le lien existant entre l’apparent et le caché dans le parole du Très-Haut : {Dis : « Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi. »} [Sourate Âli ‘Imrân, v.31]. En effet, l’amour d’Allah dans le cœur implique nécessairement le suivi des membres. S’il en est autrement, alors cet amour n’est que prétention, mensonge et imposture.

[1] Sahîh Ibn Mâjah, n°3359 authentifié par Chaykh Al-Albânî
[2] Sahîh Al-Jâmi’, n°689 jugé bon par Chaykh Al-Albânî
[3] Mousnad Imam Ahmad n°67779, authentifié par Ahmad Châkir (et Mouslim rapporte un hadîth similaire dans son Sahîh n°2657)
[4] Bien sûr, celles qui sont blâmables et illicites (Note du Traducteur)
[5] Sahîh Al-Boukhârî n°31, Sahîh Mouslim n°2888
[6] « J’atteste qu’il n’y a de divinité digne d’être adorée qu’Allah Seul et que Mouhammad est Son messager. » (Note du traducteur)

Source original : http://www.kalemtayeb.com/ (Traduction par Le Cœur des Croyants)

Lire la suite

Nos Pieux prédécesseurs et le Noble Coran

13518897091

  • Ahmad Ibn Tha’labah rapporte : « J’ai entendu Salim Al-Khawwâs dire : Je récitais le Coran et n’y trouvais pas de suavité. J’ai donc dit à mon âme : « Récite-le comme si tu l’entendais du Messager d’Allah صلى الله عليه و سلم. » La suavité survint alors un peu. Je dis ensuite à mon âme : « Récite-le comme si tu l’entendais de Jibrîl عليه السلام lorsqu’il en informait le Prophète صلى الله عليه و سلم. » La suavité augmenta, puis je lui dis : « Récite-le comme si tu l’entendais d’Allah au moment où Il l’a prononcé », et la suavité de la récitation dépassa tout. » (As-Siyar 8/180)
  • Husayn Al-‘Unquzî rapporte : « Lorsque la mort vint à Ibn Idrîs, sa fille pleura, et il lui dit : Ô ma fille, pleure pas car, dans cette maison, j’ai récité intégralement le Coran quatre mille fois. » (As-Siyar 9/44)
  • ‘Abd Allah Ibn ‘Umar a dit : « On doit reconnaître l’adepte du Coran en sa nuit alors que les gens dorment, en sa journée alors que les gens se montrent insouciants, en sa tristesse alors que les gens se réjouissent, en ses pleurs alors que les gens rient, en son silence alors que les gens palabrent, et en son recueillement alors que les gens se pavanent. L’adepte du Coran doit pleurer, s’attrister, se montrer bienveillant, sage, et taciturne ;  et Il ne doit pas être rude, insouciant, criard et dur. » (Sifah As-Safwah 1/188)
  • Abû Al-‘Âliyah a dit : « Apprenez le Coran en ne dépassant pas cinq versets à la fois, car cela est meilleur pour la mémorisation, et Jibrîl descendait avec le Coran par lot de cinq verset. » (As-Siyar 4/211)
  • A-Hasan a dit : « Ceux qui récitent le Coran sont de trois catégories. Le premier est un homme qui en a fait une marchandise qu’il déplace d’une ville à une autre, cherchant ainsi ce qui est auprès des gens. Le deuxième est un homme qui a récité le Coran, mémorisé ses lettres, mais transgressé ses limites, l’utilisant pour s’introduire auprès des gouverneurs et se montrer arrogant face aux gens de sa contrée. On trouve la majeure partie de ce type d’hommes parmi les mémorisateurs du Coran ; puisse Allah ne pas multiplier leur nombre. Le troisième est un homme qui a récité le Coran et pleuré de ce qu’il connaît du remède du Coran, et qui l’applique sur le mal de son coeur. Ainsi, il veille pour Allah, ses yeux versent des larmes, la tristesse est sa compagne, il se pare du recueillement, et il persévère longuement dans son oratoire. C’est par lui qu’Allah fait descendre la pluie, survenir la victoire, et disparaître les calamités. Par Allah, ceux qui font partie de cette catégorie de mémorisateurs du Coran sont plus rares que le souffre rouge! » (Mawû’ah ibn Abî-d-Dunyâ 3/290)
  • Makhûl a dit : « Récite ce que le Coran t’interdit, et s’il ne t’interdit rien, alors tu ne le lis pas réellement. » (Al-Hilyah 2/180)
  • Yûnus Ibn Jubayr rapporte : « Nous avons accompagné Jundub Ibn ‘Abd Allah puis lui avons dit : « Adresse-nous une recommandation. » Il dit : « Je vous enjoins à la crainte d’Allah et au Coran, car il est la lumière de la nuit ténébreuse, et la guidée du jour. Mettez-le en pratique, quel que soient l’effort et l’indigence, et si une calamité survient donnez vos biens plutôt que vos personnes ; et si une calamité est plus grande encore, donnez vos biens et vos personnes plutôt que votre religion, car le dépouillé est celui qui est dépouillé de sa religion, et le spolié est celui qui est privé de sa religion. Il n’est aucune richesse après l’Enfer, et aucune indigence après le Paradis. L’enfer ne libère pas ses prisonniers et ne se passe pas de ses pauvres. » (Az-Zuhd li Ahmad 360)
  • Mujâhid rapporte : « Ibn ‘Umar accomplissait la prière lorsqu’il parvint à ce verset : «Vous ne parviendrez à la bonté que lorsque vous dépenserez de ce que vous aimez» il affranchit une servante qu’il voulait épouser, alors qu’il était encore dans la prière. » (Az-Zuhd li Ahmad 242)
  • Abû Hammâm rapporte : « J’ai demandé à ‘Îsâ Ibn Dâwud : Qu’est-ce que tu désires le plus en ce bas-monde? » Il pleura et dit : « J’aimerais que ma poitrine s’ouvre et que je puisse voir mon coeur et ce qu’y a produit le Coran. » Et lorsque ‘Îsâ récitait, il sanglotait au point que je dise : Son âme va sortir maintenant. » (Al-Mutamannîn 49)
  • Talq a dit : « L’homme qui a la plus belle voix lorsqu’il récite le Coran est celui qui, lorsqu’il récite, tu entends qu’il craint Allah سبحانه و تعالى. » (Az-Zuhd li Ahmad 217)
  • Ahmad Ibn Abî Al-Hawârî a dit : « Je récite parfois le Coran et vois un verset qui me fait perdre la raison. Je m’étonne de voir ceux qui mémorisent le Coran apprécier le sommeil et s’accommoder des préoccupations de ce bas-monde, alors qu’ils prononcent la Parole du Miséricordieux. S’ils comprenaient ce qu’ils récitent, en connaissaient le droit, s’en délectait et se plongeait dans la conversation, ils perdraient le sommeil de joie face à ce qu’on leur a accordé. » (Al-Hilyah 4/254)

Source : « Ainsi étaient nos Pieux prédécesseurs », éditions Tawbah.